Plusieurs collectifs de migrants, dont un nombre important de Marocains, appellent à une mobilisation le 22 novembre pour dénoncer les retards administratifs qui paralysent leurs démarches depuis l’entrée en vigueur du nouveau cadre juridique en mai 2025.
Des groupes de migrants sans papiers installés en Espagne organisent une manifestation samedi 22 novembre à 11 h devant le ministère de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, rue José Abascal à Madrid. L’appel circule depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux sous le slogan « Los inmigrantes salen a la calle », accompagné de témoignages décrivant des vies suspendues, des emplois perdus et une forte incertitude familiale.
Selon les organisateurs, les retardataires touchent particulièrement les Marocains, l’une des communautés les plus représentées dans le pays. Les affiches diffusées en ligne évoquent « des mois d’attente », « des carrières interrompues » et « des familles séparées », en référence au cumul des dossiers non traités dans les bureaux de l’immigration depuis l’entrée en vigueur de la réforme du 20 mai 2025.
Parmi les voix les plus actives figure l’avocat espagnol Pau Ventura Álvarez, spécialisé en droit des étrangers, qui a encouragé publiquement les migrants à « faire entendre leur voix et défendre leur dignité après des mois de blocage administratif ». Ses interventions sur Instagram et Facebook ont amplifié la mobilisation et attiré l’attention sur un phénomène devenu récurrent dans plusieurs provinces espagnoles.

Le nouveau cadre légal, présenté au printemps comme un dispositif destiné à simplifier les régularisations, prévoyait des assouplissements pour les migrants en situation irrégulière, ainsi qu’une réorganisation des procédures. Cependant, l’afflux de demandes et le manque de personnel ont engendré un engorgement administratif. De nombreux dossiers restent en attente sans calendrier clair, ce qui alimente frustration et inquiétude parmi les demandeurs.
Un jeune Marocain installé en Espagne depuis deux ans affirme avoir déposé l’ensemble des documents requis sans recevoir de réponse. « Ma situation reste bloquée, et je ne suis pas le seul », explique-t-il. Ce type de témoignage revient dans plusieurs provinces, où les demandeurs décrivent des délais qui s’allongent et des difficultés supplémentaires pour renouveler contrats de travail ou baux d’habitation.
Les données officielles de l’Institut national espagnol de statistique indiquent que les Marocains constituent l’une des communautés les plus importantes du pays. Une partie de ces résidents vit dans une situation précaire, sans permis de séjour valide ou sans contrat légal, ce qui les expose à des emplois informels ou à l’interruption soudaine de revenus.
Face aux critiques, le ministère espagnol de l’Inclusion a rappelé dans un communiqué publié au moment de l’entrée en vigueur de la réforme, qu’une phase de transition était nécessaire. Les autorités affirment travailler à renforcer les équipes administratives et à moderniser les outils numériques afin de réduire les délais de traitement. Elles insistent également sur leur volonté d’assurer une application « équitable et efficace » du nouveau dispositif.
La manifestation annoncée pour le 22 novembre s’inscrit ainsi dans un climat où les attentes sont élevées, mais où les migrants perçoivent un décalage entre les promesses initiales de la réforme et leur expérience quotidienne. Pour beaucoup, il s’agit moins d’un acte de protestation que d’une manière de rappeler publiquement leur demande de visibilité, de sécurité juridique et de stabilité familiale.