L’adoption de la résolution 2797 par le Conseil de sécurité ne clôt pas le dossier du Sahara marocain ; elle inaugure une phase nouvelle, où diplomatie, sécurité régionale et recomposition géopolitique convergent. Les travaux du Pôle Résolution de Conflits de l’IIEG permettent d’en saisir les implications.
La résolution adoptée le 31 octobre 2025 consacre une réalité que de nombreux acteurs reconnaissaient déjà. Comme le souligne l’IIEG, « en consacrant l’Initiative marocaine d’autonomie comme la base la plus réaliste pour une solution politique, cette résolution ne constitue pas un aboutissement mais le point de départ d’une nouvelle architecture de stabilité régionale ». Cette formulation résume bien le déplacement du centre de gravité : la question n’est plus traitée comme un contentieux isolé, mais comme un enjeu de gouvernance régionale.
L’un des éléments majeurs introduits par le texte tient à la clarification du rôle de l’Algérie. Le think tank note avec justesse que la résolution « met fin à une ambiguïté persistante en reconnaissant explicitement l’Algérie comme partie prenante au processus, et non plus comme un simple “État voisin” ». Ce changement sémantique a un poids politique considérable. Il replace les responsabilités à leur niveau réel et ouvre une voie où la diplomatie régionale pourrait reprendre une fonction constructive.
Cette réorientation s’inscrit dans un contexte sécuritaire plus large. Selon l’IIEG, le Sahara marocain ne peut plus être appréhendé uniquement sous l’angle territorial, car « la question touche aux équilibres géostratégiques du Maghreb, à la sécurité du Sahel et à la coopération méditerranéenne face aux menaces hybrides ». Cette lecture élargie correspond à la réalité d’un espace où se superposent trafics transfrontaliers, réseaux armés non étatiques, vulnérabilités socio-économiques et enjeux énergétiques.
Dans ce cadre, la médiation américaine s’est affirmée comme un facteur clé. Le rôle du conseiller spécial Massad Boulos, décrit par l’IIEG comme « l’architecte discret, mais essentiel du consensus diplomatique qui a rendu possible l’adoption de la résolution 2797 », illustre une diplomatie plus souple, fondée sur des mécanismes hybrides mêlant coordination politique, réseaux économiques et canaux d’influence. Sa capacité à dialoguer avec Rabat, Washington, le Caire, Abou Dhabi ou même Alger a contribué à créer un terrain d’entente inédit.
Cette dynamique ouvre une perspective encore peu discutée, mais présente dans les analyses de l’IIEG : l’émergence du « Sahara oriental » comme futur espace de régulation. Le Pôle souligne que « la prochaine phase pourrait concerner le Sahara oriental », c’est-à-dire les zones frontalières entre le sud-est marocain et l’ouest algérien. Cette idée repose sur la nécessité croissante de clarifier les zones transfrontalières où s’entrecroisent corridors économiques, infrastructures énergétiques et enjeux de sécurité.
L’enjeu consiste à empêcher la formation de zones grises propices aux tensions. L’IIEG note que cette orientation rejoint la volonté de plusieurs partenaires occidentaux et arabes de construire « une stabilité intégrée du Maghreb, qui ne laisse aucune zone grise propice aux tensions ou aux trafics ». La sécurité régionale devient ainsi un exercice de cohérence plutôt que de simple réaction.
La résolution 2797 interpelle également l’Union européenne. Le think tank français rappelle que « ignorer la résolution 2797 reviendrait pour l’Union européenne à fragiliser sa propre crédibilité en matière de respect du multilatéralisme ». L’UE se trouve donc contrainte de clarifier sa posture, à un moment où ses besoins en stabilité énergétique, en coopération sécuritaire et en maîtrise des flux migratoires sont plus pressants que jamais.
L’avenir immédiat dépendra de la capacité à transformer ces évolutions politiques en mécanismes concrets. Parmi les recommandations identifiées par l’IIEG figurent l’actualisation du plan d’autonomie marocain, une relance du dialogue bilatéral avec Alger et une structuration commune des espaces frontaliers. Le think tank évoque aussi l’importance des grands corridors stratégiques : « l’intégration de la région au Gazoduc Nigeria-Maroc, à la Route Atlantique Africaine et aux corridors de l’hydrogène vert positionne le Maroc comme interface énergétique et logistique entre l’Afrique et l’Europe ».
Loin d’être figée, la question du Sahara marocain devient ainsi l’un des leviers possibles d’un rééquilibrage régional. La résolution 2797 inaugure un cadre où les acteurs locaux sont appelés à structurer eux-mêmes les conditions d’une stabilité durable, soutenus par un consensus international plus clair. L’IIEG résume ce moment avec précision : « cette approche bottom-up marque la fin de la logique de statu quo et ouvre une phase où la diplomatie maghrébine pourrait redevenir motrice d’un nouvel équilibre géopolitique africain ».