Le ministre délégué chargé du Budget a choisi la voie de la pédagogie politique pour répondre aux critiques sur la santé, le soutien social direct et les investissements publics. Son message tient en une idée simple : le Maroc avance, mais porte encore les traces d’un long cycle d’insuffisances structurelles.
La discussion budgétaire de 2026 révèle une tension devenue familière dans la vie publique marocaine. D’un côté, une demande sociale massive, pressée d’obtenir des résultats rapides. De l’autre, un appareil d’État engagé dans des réformes lourdes, conscientes de leurs propres limites temporelles. Fouzi Lekjaa a tenté de concilier les deux regards en rappelant que le secteur de la santé traverse un déficit accumulé depuis près de trente ans, dont les répercussions pèsent toujours sur les hôpitaux, la formation médicale et la gouvernance générale.
Le ministre a insisté sur l’effort engagé pour renforcer les capacités de formation, avec de nouvelles facultés de médecine en cours de déploiement dans plusieurs régions. Ce chantier ne produira pas d’effets immédiats, mais prépare le socle indispensable pour un système de santé capable de répondre aux besoins d’un pays jeune, en croissance démographique et géographiquement étendu. L’exécutif mise sur ce pari de long terme afin d’ancrer une réforme durable.
Lekjaa a également défendu la refonte du système de protection sociale. Le soutien direct représente déjà 35 milliards de dirhams et garantit un accès uniforme à la couverture médicale. Les imperfections constatées tiennent à l’envergure du dispositif. Une opération impliquant des dizaines de millions de citoyens génère des erreurs d’attribution, parfois très visibles. Le ministre reconnaît les défaillances, mais rappelle la progression structurelle du modèle, qui a remplacé un système antérieur fragmenté et inégalitaire.
Le dialogue social occupe une place majeure dans l’explication du responsable gouvernemental. Les engagements pris depuis le début du mandat représentent 48 milliards de dirhams, une charge budgétaire lourde mais assumée. Plusieurs dossiers professionnels restent en cours de traitement, signe que la négociation sociale demeure un chantier ouvert qui exige une approche stable, patiente et collective.
Les critiques visant les investissements liés au Mondial 2030 ont également été abordées. Lekjaa affirme que les projets d’infrastructures répondaient déjà à une stratégie nationale de modernisation des transports, des aéroports et du réseau ferroviaire. La Coupe du monde sert d’accélérateur, pas de justification unique. L’idée n’est pas de construire pour un événement, mais d’utiliser cet événement pour construire plus vite, mieux et de manière cohérente avec les ambitions régionales et économiques du Royaume.
À l’heure où certaines voix redoutent un endettement excessif ou une dilution des priorités sociales, Lekjaa affirme que la situation budgétaire est aujourd’hui plus confortable que lors des exercices précédents. Les marges d’action s’élargissent, ce qui devrait permettre d’articuler investissements publics et cohésion sociale sans sacrifier l’un à l’autre.
L’intervention du ministre rappelle qu’un pays en transformation avance à travers une succession de équilibres délicats. Le débat budgétaire ne se joue pas seulement dans les chiffres, mais dans la capacité collective à garder le cap, assumer les chantiers structurels et préserver un sens partagé de l’intérêt général.