La filière du cannabis licite aborde une étape déterminante. Après trois campagnes marquées à la fois par des avancées rapides et des tensions structurelles, l’ANRAC prépare une saison 2026 pensée pour consolider le secteur, protéger les agriculteurs et clarifier les règles d’un marché encore jeune. Les rencontres organisées en novembre dans les provinces de Taounate, Al Hoceïma et Chefchaouen illustrent la volonté de structurer une filière dont l’essor est prometteur mais requiert une gouvernance plus rigoureuse.
Les campagnes précédentes ont montré un potentiel réel, porté par la transformation pharmaceutique, cosmétique et industrielle. Elles ont également révélé des fragilités : incertitudes sur les volumes, difficulté à écouler les stocks, délais de paiement et dispersion des opérateurs. L’ANRAC met désormais l’accent sur un principe essentiel : ajuster les superficies cultivées en 2026 à la demande réelle du marché, afin d’éviter des excédents susceptibles de fragiliser les revenus des agriculteurs. La filière ne peut gagner en stabilité que si la production correspond à des débouchés clairement identifiés.
L’enjeu social reste central. La transition vers un modèle légal a créé des attentes légitimes dans des régions longtemps dépendantes d’une économie informelle. Les retards de paiement enregistrés en 2024 et 2025 ont rappelado que la confiance est un élément clef de la réussite du secteur. À l’issue des consultations, les opérateurs se sont engagés à régulariser les dus ou à convenir de calendriers fermes. Sans cela, ninguna planificación técnica puede sostenerse durablement.
Sur le plan industriel, l’ANRAC introduit une mesure importante. Dès 2026, les opérateurs dont les contrats couvrent moins de 30 hectares devront se regrouper pour accélérer l’installation des unités de transformation et justifier la rentabilité de leurs projets. Cette obligation vise à renforcer la cohérence industrielle de la filière et à encourager la production de dérivés à plus forte valeur ajoutée. La dispersion ralentit le développement ; la mutualisation offre des perspectives plus solides.
Le calendrier officiel de la campagne 2026 s’inscrit dans cette volonté d’organisation. Pour la variété locale « Beldia », les demandes doivent être déposées auprès de l’ANRAC et de l’ONSSA avant le 20 décembre 2025. Les semis sont prévus entre le 1ᵉʳ janvier et le 28 février 2026, avec une prolongation possible jusqu’au 31 mars en cas d’aléas climatiques. Pour les variétés importées, les demandes d’importation doivent être présentées avant le 20 février, et les semis seront autorisés du 1ᵉʳ avril au 30 juin. Ce découpage offre aux agriculteurs une visibilité indispensable et permet aux opérateurs de planifier la commercialisation avec davantage de rigueur.
Le cannabis licite occupe désormais une place particulière dans les politiques de développement du Nord du Maroc. Il combine un potentiel économique élevé et une dimension sociale sensible. La campagne 2026 servira de test : une filière mieux structurée peut créer de la valeur, stabiliser les revenus et inscrire la région dans une dynamique crédible. Une filière mal encadrée retomberait dans les déséquilibres du passé. La stratégie de l’ANRAC répond à ce constat en affirmant la nécessité de progresser avec méthode, discipline et une vision de long terme.