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Université et emploi: Rabat veut aligner la formation sur le marché du travail

01 décembre 2025 - 19:06

Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Ezzedine Medaoui, a placé l’employabilité au centre de la refonte en cours du système universitaire marocain. Devant les députés, il a affirmé que le débouché professionnel constitue désormais l’indicateur principal pour juger de la pertinence d’un parcours académique. Une déclaration qui traduit une inflexion claire de la politique publique vers une université davantage connectée aux réalités économiques du pays.

Le projet de loi en discussion au Parlement introduit un changement structurant dans la manière de concevoir l’offre de formation. Les ouvertures de facultés et de filières devraient dorénavant répondre aux besoins identifiés à l’échelle nationale et régionale, et s’inscrire dans une lecture plus fine des mutations du marché de l’emploi. Cette orientation vise à corriger un déséquilibre persistant entre l’abondance des diplômés et la capacité réelle d’absorption du tissu productif.

L’exécutif souhaite également donner une place plus visible à l’entreprise au sein même des établissements universitaires. Les milieux économiques sont appelés à siéger dans certaines instances de gouvernance et à participer à des partenariats structurants. L’objectif consiste à rapprocher les programmes d’enseignement des métiers émergents et des secteurs en transformation, dans un contexte où les industries, l’ingénierie, le numérique et les services spécialisés redessinent rapidement la carte des qualifications requises.

La réforme annoncée met l’accent sur plusieurs leviers nouveaux. L’université devrait intégrer plus largement l’alternance, les formations hybrides et l’enseignement à distance, afin de rendre les parcours plus souples et plus adaptés aux profils des étudiants. Les contenus académiques évolueront dans le sens d’une meilleure préparation aux compétences transversales, avec l’introduction systématique de modules liés à l’intelligence artificielle, à l’entrepreneuriat, aux langues étrangères et aux usages numériques.

Les centres universitaires d’insertion professionnelle sont identifiés comme des outils clés de cette stratégie. Leur mission ne se limite plus à l’orientation de fin de parcours, mais s’inscrit dans un accompagnement continu, depuis l’entrée à l’université jusqu’à l’insertion sur le marché du travail. L’ambition affichée consiste à renforcer les passerelles entre formation, stages et premiers emplois, dans un système historiquement marqué par une séparation rigide entre monde académique et monde professionnel.

Un signal concret de cette nouvelle approche a été donné avec le lancement, à Dakhla, d’une plateforme nationale dédiée à l’apprentissage des langues et des compétences pratiques. Cette initiative, présentée comme un dispositif entièrement numérisé, s’inscrit dans une volonté d’élargir l’accès à des formations directement mobilisables sur le marché du travail, au-delà des centres universitaires traditionnels.

Au-delà de la technique, c’est une philosophie différente de l’enseignement supérieur qui se dessine. Le discours officiel rompt avec l’idée d’une université détachée des contraintes économiques pour assumer une logique de responsabilité collective vis-à-vis de l’insertion des diplômés. Reste à observer si cette réorientation se traduira, dans les faits, par une offre de formation plus cohérente et par une amélioration tangible de l’intégration professionnelle des jeunes diplômés. Le pari engagé dépasse la simple réforme administrative. Il touche au rôle que la société marocaine assigne désormais à son université.

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