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Bourita à Madrid : « L’autodétermination n’a jamais signifié un référendum »

05 décembre 2025 - 12:04

Le ministre des Affaires étrangères précise, dans un entretien accordé à EFE, la portée de la résolution onusienne du 31 octobre et confirme que le plan d’autonomie actualisé constituera la base unique du processus politique.

MADRID – En marge de la Réunion de Haut Niveau entre le Maroc et l’Espagne, Nasser Bourita a livré à l’agence EFE une lecture détaillée de la nouvelle résolution du Conseil de sécurité sur le Sahara. Le chef de la diplomatie marocaine estime que le texte du 31 octobre marque une rupture dans le traitement international du dossier, en fixant pour la première fois les paramètres des négociations, leurs objectifs et les parties appelées à y participer.

Selon lui, la résolution confirme la centralité du plan d’autonomie marocain présenté en 2007. Elle identifie clairement quatre acteurs – le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario – et établit un cadre de travail que Rabat considère comme ferme et opérationnel. Bourita souligne que cette clarification était attendue depuis longtemps et qu’elle ouvre une phase où les marges d’interprétation se réduisent.

Interrogé sur la position espagnole, le ministre rappelle que Madrid avait reconnu dès 2022 la pertinence et la crédibilité du plan d’autonomie. Il considère que la résolution conforte cette orientation et valide politiquement la démarche promue par le gouvernement de Pedro Sánchez. Pour Rabat, l’appui espagnol ne relève pas d’un épisode diplomatique ponctuel mais d’une lecture stratégique partagée.

Le Maroc prépare désormais une version actualisée et plus détaillée de son plan d’autonomie. Bourita explique que les transformations institutionnelles du pays, de la Constitution de 2011 à la régionalisation avancée, justifient une mise à jour. Les partis politiques ont été consultés et le texte final sera présenté lorsque les négociations seront lancées. « Il s’agira d’un plan complet, adapté aux réalités d’aujourd’hui », affirme le ministre.

La question de l’autodétermination occupe une place centrale dans l’entretien. Bourita rejette les interprétations assimilant ce principe à un référendum, rappelant qu’aucun texte onusien ne l’exige. Il parle d’une « expression de volonté » qui peut se manifester par un accord librement négocié entre les parties. Selon lui, la lecture du Conseil de sécurité s’inscrit dans cette logique contemporaine du droit international, loin des schémas anciens et des usages politiques qui ont entretenu le blocage.

Sur la participation du Front Polisario, Bourita indique que le Maroc respectera le format défini par la résolution. Il précise que Rabat attend une convocation formelle et rappelle que les États-Unis sont identifiés comme pays hôte des futures discussions. Aucune date n’a encore été fixée, mais le ministre estime que les conditions diplomatiques sont réunies pour relancer un processus qui a longtemps manqué de structure.

Le Maroc attend également un positionnement plus cohérent de ses partenaires européens. Bourita considère que le Royaume a créé les conditions d’une solution durable et souhaite que l’Union européenne s’aligne davantage sur la dynamique internationale actuelle. Il insiste sur la nécessité de dépasser les hésitations et de consolider un partenariat débarrassé des zones d’ombre héritées du passé.

L’entretien se penche aussi sur la question de l’espace aérien des provinces du Sud. Bourita rappelle que la gestion actuelle par l’Espagne remonte à une période antérieure et qu’elle ne reflète plus les réalités opérationnelles. Il insiste sur la capacité des deux pays à trouver une solution conforme à l’esprit de confiance qui caractérise désormais leur relation, marquée par une coopération technique étroite et une ambition commune.

Pour Rabat, l’ensemble de ces éléments dessine un paysage diplomatique en évolution rapide. La résolution du 31 octobre constitue, selon Bourita, une occasion d’avancer de manière ordonnée, avec un cadre lisible et un soutien international élargi. Le Maroc se dit prêt à engager cette nouvelle phase avec détermination et clarté, convaincu que le moment est venu de stabiliser définitivement un dossier central pour sa souveraineté et son développement.

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