Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, affirme que le Maroc attend d’être invité à ouvrir les négociations « au moment opportun », après l’adoption, le 31 octobre, de la résolution des Nations unies appuyant l’Initiative marocaine d’autonomie pour les provinces sahariennes du Royaume, au terme d’un demi-siècle de conflit artificiellement entretenu.
Dans un entretien accordé à l’agence espagnole EFE à Madrid, à l’issue de la Réunion de haut niveau entre les gouvernements marocain et espagnol, Bourita a précisé qu’aucune date n’a encore été fixée pour le lancement des pourparlers. Il a indiqué qu’il s’agira d’un processus nécessitant des consultations préalables, rappelant que la résolution mentionne clairement les États-Unis comme pays hôte des négociations.
Le ministre a également déclaré à EFE que le Maroc rejette toute forme de tutelle internationale sur la mise en œuvre du statut d’autonomie, y compris toute mécanique de supervision internationale. Il a souligné que « dès que l’autonomie sera signée, elle sera appliquée », précisant que ces aspects feront partie intégrante des négociations. Selon lui, l’adoption de la proposition marocaine démontre que la communauté internationale a placé sa confiance dans le Royaume.
Concernant les dossiers en suspens avec l’Espagne, Bourita a assuré qu’ils seront réglés dans un cadre de respect mutuel. « Nous pouvons trouver des solutions qui préservent les intérêts de l’Espagne tout en tenant compte des droits du Maroc et de la nouvelle réalité », a-t-il affirmé. Parmi ces questions figure le transfert au Maroc de la gestion de l’espace aérien du Sahara, une évolution que le ministre juge logique.
Voici l’entretien dans son intégralité:
Q : Le Maroc va-t-il négocier avec le Front Polisario ?
R : La résolution a défini les quatre parties qui doivent être présentes à la table des négociations. Le Maroc s’engagera très clairement auprès des trois autres parties identifiées dans la résolution (…) Le Maroc n’a donc pas à se prononcer sur la présence ou l’absence du Polisario. Le Maroc s’alignera et respectera ce qui est prévu dans la résolution.
Q : Des discussions ont-elles déjà eu lieu avec les autres parties ?
R : Non. Nous attendons que le processus soit lancé par ceux qui devront gérer cette négociation. Il n’y a donc pas de date. Le Maroc attend d’être invité à une négociation au moment opportun, mais c’est quelque chose qui doit faire l’objet d’une concertation (…) La résolution fait clairement référence aux États-Unis comme pays qui doit accueillir la négociation. Ils ont donc également un rôle à jouer.
Q : Et dans ce processus, qu’attend le Maroc de ses partenaires européens ?
R : Le Maroc espère que cette question sera définitivement réglée. En présentant le plan d’autonomie, en créant une dynamique en faveur de l’autonomie et en œuvrant pour qu’une résolution soit trouvée, le Maroc a fait tout son possible pour que cette question soit réglée et que nous puissions avancer sur de nombreux sujets, que nous puissions développer notre partenariat avec l’Union européenne.
Q : Quelles garanties le Maroc offre-t-il au peuple sahraoui…
R : À la population
Q : … en ce qui concerne le droit à l’autodétermination ?
R : Le fait que ce plan d’autonomie soit au centre signifie qu’il y a une prise de conscience générale qu’il s’agit d’une base juridiquement pertinente, juridiquement solide et conforme à la Charte des Nations unies et au principe du droit international. Lorsque des pays comme l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, les États-Unis, l’Allemagne et les Pays-Bas soutiennent ce plan d’autonomie, ils n’agissent pas en faveur de quelque chose qui est contraire à la légalité internationale.
Q : Mais la résolution parle de respecter le droit à l’autodétermination.
R : Nulle part il n’est dit que le droit à l’autodétermination est un référendum, ce qui est dit, c’est que le droit à l’autodétermination est de permettre aux parties d’exprimer une volonté. Je ne pense pas que lorsqu’une personne signe un accord après une négociation, elle n’exprime pas une volonté. Si nous prenons la position de l’Espagne sur Gaza, elle dit qu’il faut signer un accord entre Palestiniens et Israéliens, elle ne parle pas d’un référendum pour savoir si tout le monde est d’accord. L’expression de la volonté des parties après une négociation et lorsqu’elles apposent leur signature sur un document est l’expression d’une volonté. (…) Nous n’avons aucun problème avec l’autodétermination, mais nous sommes contre les interprétations restrictives, anachroniques, à des fins politiques. Personne n’a jamais dit que l’autodétermination était synonyme de référendum, cela n’existe nulle part. (…) Par conséquent, nous pensons que si nous voulons lire la résolution de manière claire et lucide, c’est simple. Si nous voulons l’interpréter politiquement et l’orienter, c’est autre chose.
Q : Vous avez mentionné précédemment qu’il s’agit de la population, ne pensez-vous pas qu’il existe un peuple sahraoui ?
R : Non, il s’agit d’une population. La résolution parle de « people » (peuple/population). Pour nous, « people » signifie population. Et, bien sûr, il n’y a pas de peuple ; il y a une population originaire de cette région et le Maroc interagit avec elle.
Q : Le Maroc accepterait-il un mécanisme de supervision internationale pour la mise en œuvre du futur plan d’autonomie ?
R : Non. Je pense que lorsque l’autonomie sera signée, elle sera mise en œuvre. Pourquoi un mécanisme international ? Je ne pense pas que… Quoi qu’il en soit, ce sont des questions qui seront discutées dans le cadre des négociations. Mais le Maroc estime que la communauté internationale lui a accordé sa confiance en souscrivant à son plan d’autonomie.
Q : Concernant l’espace aérien du Sahara, le Maroc a-t-il proposé aujourd’hui à la RAN le transfert de la gestion ?
R : C’est l’une des questions qui a été clairement soulignée dans la déclaration du 7 avril 2022. Un groupe de travail a été créé pour gérer la question de l’espace aérien et s’est réuni à plusieurs reprises. Nous avons fait des progrès et, bien sûr, c’est un sujet qui est discuté à chaque réunion, y compris celle d’aujourd’hui (…) Je pense que le groupe de travail se réunira bientôt pour faire avancer cette question.
Q : La position du Maroc est-elle le transfert de cette gestion ?
R. Ce que le Maroc dit, c’est qu’aujourd’hui, il n’y a aucun sujet que le Maroc et l’Espagne, dans l’esprit de la relation actuelle – confiance, respect mutuel, partenariat et ambition -, ne puissent résoudre. (…) Pour le Maroc, tout ce qui est anachronique doit être actualisé. Le Maroc et l’Espagne ont la capacité de trouver des solutions imaginatives à toutes les questions qui préservent leurs intérêts mutuels.
Q : Le Maroc considère-t-il donc que la gestion espagnole de l’espace aérien du Sahara est anachronique ?
R : Le Maroc part d’un cas simple. Si vous prenez un avion et que vous voulez vous rendre au Sahara, vous passez par Marrakech et il est clair quelle tour de contrôle vous guide. S’il y a un problème avec l’avion, qui le gère ? Qui est responsable de la sécurité de cet avion ? C’est le Maroc. Dans le respect bilatéral, nous pouvons trouver des solutions qui préservent les intérêts de l’Espagne et qui tiennent compte des réalités et des droits du Maroc.