Le 11ᵉ Congrès de l’Association arabe des sciences de la communication s’est achevé à Beyrouth sur une impression d’urgence intellectuelle. Pendant deux journées, universitaires et experts venus du Liban, du Maroc, de France et d’autres pays de la région ont confronté leurs lectures d’un paysage médiatique bouleversé par l’intelligence artificielle. L’Université libanaise, hôte de cette édition, s’est transformée en laboratoire de réflexion commune où s’esquissent les contours d’une discipline en pleine reconfiguration.
L’ampleur de la participation a donné au rendez-vous une épaisseur particulière. Au-delà de la diversité géographique, c’est la convergence des préoccupations qui a marqué les échanges : comment penser l’information dans un environnement dominé par des dispositifs algorithmiques, comment préserver une autonomie intellectuelle face à des infrastructures technologiques globalisées, et surtout comment renouveler les outils théoriques d’une discipline longtemps adossée à des modèles conçus pour un autre siècle.

La cérémonie d’ouverture a également été le moment de reconnaître les trajectoires qui ont façonné la recherche dans l’espace arabe. Le Dr Mohamed Abdelwahab Al-Allali, figure marquante du débat sur les médias et président du Centre international d’études des médias et du développement, a reçu le Prix 2025 de l’excellence scientifique. Le professeur émérite Bertrand Cabedoche a été distingué pour une œuvre qui a contribué à structurer le dialogue entre approches arabes et francophones.
L’intervention d’Al-Allali au second jour a concentré l’attention. Il y a exposé les limites des cadres hérités des sciences de la communication lorsqu’ils tentent de saisir les logiques de l’intelligence artificielle : automatisation de la sélection de l’information, contrôle des flux de données, nouvelles formes d’autorité cognitive que produisent les plateformes. Selon lui, persister à utiliser ces théories comme références exclusives revient à négliger des réalités arabes marquées par d’autres histoires politiques et médiatiques. Il a plaidé pour un socle conceptuel capable d’articuler enjeux techniques, dynamiques sociales et spécificités culturelles.

Les recommandations finales prolongent ce diagnostic. Elles invitent les universités à revoir en profondeur leurs programmes pour donner une place centrale à l’analyse des technologies émergentes. Elles soulignent également la nécessité d’un cadre éthique unifié pour encadrer l’usage de l’IA dans l’information, tout en renforçant la capacité des pays arabes à défendre leurs choix numériques. Enfin, elles appellent à un rapprochement durable entre chercheurs, médias et institutions publiques afin que la recherche cesse d’être un exercice abstrait et trouve son prolongement dans des modèles de médiation adaptés aux besoins des sociétés arabes.
Avec cette édition, Beyrouth rappelle son rôle de carrefour intellectuel. L’AASCI y a ouvert un espace où se redéfinit la manière de comprendre la médiation dans un monde façonné par les machines apprenantes — un chantier qui ne fait que commencer.