Grande Mosquée de Dakar
À Dakar, loin des salons feutrés de la diplomatie classique, un autre langage s’est imposé : celui de la spiritualité partagée et de la mémoire religieuse commune. En marge de l’ouverture de la 45ᵉ édition des Journées culturelles islamiques, le ministre marocain des Habous et des Affaires islamiques, Ahmed Toufiq, a rappelé que les relations entre le Maroc et le Sénégal reposent sur une trame plus profonde qu’un simple partenariat institutionnel.
Dans son intervention, prononcée au cœur de la Grande Mosquée de Dakar, le ministre a insisté sur la nature populaire et soufie de ces liens, nourris par des siècles de circulation spirituelle, de transmission religieuse et d’échanges humains dans les deux sens. Une relation qui s’enracine dans des références doctrinales communes, un islam sunnite de rite malikite, et une éthique soufie tournée vers l’élévation intérieure et la cohésion sociale.
Au centre de cette dynamique, la confrérie tidjane occupe une place structurante. Présente avec force au Sénégal, elle constitue depuis longtemps un pont spirituel vivant avec le Maroc, terre de fondation de la voie. Ahmed Toufiq a souligné le rôle déterminant des cheikhs, des disciples et des grandes familles soufies dans la consolidation de cette relation, qui dépasse les cadres étatiques pour irriguer les sociétés elles-mêmes.
Les Journées culturelles islamiques, organisées par la coordination tidjane de Dakar, offrent précisément un espace de réflexion collective sur les méthodes d’action, de diffusion et d’adaptation contemporaine de la confrérie. Ce rendez-vous annuel réunit des guides religieux et des fidèles autour de questions théologiques, éducatives et sociales, dans une perspective de continuité et de renouvellement.
Le ministre marocain a rappelé que l’histoire témoigne d’une proximité spirituelle ancienne entre Marocains et Sénégalais. Depuis plusieurs générations, la voie tidjane agit comme un vecteur de rapprochement, en mettant l’accent sur la purification de l’âme, la transmission du savoir religieux et la paix intérieure. Cette dimension, souvent absente des analyses géopolitiques classiques, constitue pourtant un socle durable des relations bilatérales.
Ahmed Toufiq a également évoqué la figure fondatrice de Sidi Ahmed Tijani, rappelant l’estime particulière dont il jouissait auprès du sultan alaouite Moulay Slimane. Une continuité symbolique que le ministre a prolongée en soulignant l’attention portée aujourd’hui par Mohammed VI aux communautés tidjanes, dans un esprit de fidélité historique et de fraternité spirituelle avec le Sénégal.
L’ouverture officielle de cette 45ᵉ édition s’est déroulée sous la présidence d’honneur du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, en présence de plusieurs responsables sénégalais, de l’ambassadeur du Maroc à Dakar, Hassan Naciri, ainsi que de nombreuses personnalités religieuses et civiles des deux pays.
Créées au début des années 1980 à l’initiative de feu Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh, ces Journées culturelles figurent parmi les plus grands rassemblements religieux du Sénégal. Organisées depuis 1986 sous patronage royal marocain, elles visent à renforcer la cohésion entre les fidèles tidjanes et à promouvoir des valeurs de paix, de tolérance et de coexistence.
Dans un monde marqué par les crispations identitaires, le message porté à Dakar rappelle une évidence souvent négligée : certaines relations internationales se construisent durablement à partir du spirituel, du populaire et du symbolique. Le lien maroco-sénégalais en offre une illustration discrète, mais solidement enracinée.