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Le Maroc et les leçons de la « CAN »

25 janvier 2026 - 21:56

Abderrahim Bouaïda

Le Maroc n’est pas un simple pays : c’est un rêve qui court le long du temps. Des stades, où les foules crient les noms de leurs joueurs, aux salons diplomatiques où s’échangent les invitations et se façonnent les décisions, le Maroc écrit sa place à l’encre invisible, sur des pages que seuls lisent les regards vigilants.

L’invitation de Sa Majesté n’était pas une politesse ; c’était une reconnaissance silencieuse que ce pays, comme au football, sait marquer des buts — dans les filets comme dans la décision internationale.

La « CAN » n’a pas été qu’un tournoi ; elle a été un miroir du visage de l’État : stades de niveau mondial, routes et aéroports haut de gamme, infrastructures qui parlent le langage de la confiance, comme pour dire au monde : nous réalisons, et nous en sommes capables.

Dans les marges, il y avait pourtant un acteur politique qui n’a pas encore appris à être à la hauteur dans de telles circonstances : englué depuis cinq ans dans des arrangements éphémères, vendant des rêves au lieu de les bâtir, vendant la patrie au lieu de la protéger. Étrange paradoxe que nous fabriquons à chaque élection, lorsque nous accordons notre confiance à ceux qui placent l’intérêt personnel au-dessus de l’intérêt général, lorsque nous bradons, en une seule fois et à vil prix, le réel et l’espérance.

Et pourtant, au milieu de tout cela, la « CAN » a eu un mérite : elle nous a rassemblés. Ce ne fut pas la victoire du trophée, mais celle de l’unité. Ce ne fut pas le triomphe sur le terrain, mais dans les tribunes, où nous avons oublié le prix des légumes, de la viande et le coût de la vie, pour nous unir autour d’une seule voix, d’un seul pari : l’amour de la patrie et d’un Roi dans lequel le peuple se reconnaît, comme dans un miroir sans distorsion.

Cela ne mérite-t-il pas que nous relisions notre histoire ? Nous qui avons donné à l’Afrique une réputation, nous qui avons fait de la générosité et de l’éthique une organisation de rang mondial, nous qui avons appris au continent ce qu’est une véritable hospitalité, et non un simple protocole.

Un beau peuple mérite un gouvernement à sa hauteur, et des élites qui l’aiment dans chaque recoin de la vie : dans la santé et l’éducation, dans l’art et la culture, dans les médias comme dans le sport.

Rendez la confiance aux intellectuels et aux figures de référence, même s’ils ne sont pas des applaudisseurs : ce sont des Marocains qui aiment leur pays sans détour ni intérêts personnels.

Car la « CAN » a aussi révélé la fragilité des médias :
des médias incapables de transmettre la grande image du Maroc,
des analystes tombés dans l’oubli, des artistes frappant aux portes d’un ministère sans culture, un paysage médiatique partiellement privatisé ; et lorsque nous avons eu besoin de défendre notre pari, seul le mirage a répondu. Nous avons importé des influenceurs comme on importe des marchandises, et ils nous ont laissé leur vide une fois le spectacle terminé.

Malgré tout, la « CAN » a eu un mérite indéniable : elle nous a rassemblés autour d’un récit unique appelé la patrie.
Ne traitez pas de traître celui qui en critique les dysfonctionnements : il l’aime à sa manière, comme vous l’aimez à la vôtre. La diversité des chemins n’altère pas l’amour, et la fidélité aux constantes n’exclut pas la divergence de regard. Aimez votre pays, même lorsqu’il vous contredit.

La leçon de la « CAN » est un message pour nous tous : un État, conduit par un Roi — que Dieu le guérisse — engagé dans de grands paris, et des élites politiques en faillite avant même de sombrer dans le vide symbolique. La prochaine étape exige la propreté des cœurs avant celle des esprits, et des responsables qui nettoient leur maison intérieure avant d’entrer dans les grands enjeux de la patrie.

La « CAN » a été une prise de conscience avant d’être une coupe ; un mois d’unité rare, façonné par un petit ballon. Puissions-nous nous unir toujours, en toute chose, derrière un Roi à la vision ample et un pays qui mérite que nous rêvions de lui plus que nous ne nous y opposions.

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