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Plus de 29 000 cimetières au Maroc, couvrant 22 000 hectares, souffrent de graves dysfonctionnements de gestion et de propreté

02 février 2026 - 19:16

Le dernier rapport de la Cour des comptes met en lumière de profondes défaillances structurelles dans la gestion des cimetières musulmans relevant des collectivités territoriales au Maroc.

Le rapport recense 29 081 cimetières, s’étendant sur une superficie totale estimée à 22 019 hectares et répartis sur 1 413 communes. Il souligne toutefois une insuffisance manifeste des moyens humains et logistiques dédiés à leur gestion : seuls 383 agents communaux y sont affectés, dont 109 conservateurs et 217 agents de surveillance, un effectif largement insuffisant au regard des besoins en encadrement administratif et en contrôle. Le nettoyage des cimetières n’est assuré, dans la plupart des cas, qu’une seule fois par an, notamment dans les zones urbaines.

Le rapport relève également l’absence d’une approche durable en matière d’équipement et d’entretien. Les outils nécessaires aux opérations d’inhumation et de maintenance sont fournis de manière irrégulière et dépendent souvent de dons de bienfaiteurs ou d’associations, sans stratégie pérenne garantissant la propreté et la conservation des sites funéraires. Les opérations de nettoyage se limitent généralement aux grands cimetières urbains, au détriment des cimetières de petite taille ou fermés, souvent laissés à l’abandon.

Par ailleurs, la Cour des comptes met en évidence des difficultés juridiques complexes liées au statut foncier des terrains abritant les cimetières. Ceux-ci relèvent pour 12 % des communes, 40 % des terres collectives, 35 % de propriétaires privés et 13 % d’autres statuts. Les procédures d’expropriation ou d’acquisition engagées par les collectivités sont fréquemment entachées d’insuffisances documentaires, tant sur le plan juridique que technique. Seuls 151 cimetières disposent de dossiers fonciers complets, tandis que 305 ont été immatriculés comme biens habous, une situation susceptible de générer des contentieux en l’absence de procédures claires de régularisation.

Cette évaluation repose sur une mission thématique menée par les cours régionales des comptes sur la période 2018-2024, fondée sur des questionnaires adressés à 1 503 communes, avec un taux de réponse de 94 %, et sur des inspections de terrain couvrant 269 communes, urbaines et rurales.

La Cour des comptes conclut que le système de gestion des cimetières musulmans souffre d’un déficit de planification financière et territoriale, d’un manque d’entretien et d’équipement, d’une gouvernance interne défaillante et de l’absence de ressources humaines qualifiées et de mécanismes efficaces de suivi et d’évaluation. Elle appelle à des réformes structurelles et organisationnelles afin d’assurer une gestion durable de ce service public, dans le respect de la dignité des défunts et des droits des citoyens.

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