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L’usine de systèmes d’atterrissage : un tournant stratégique pour l’aéronautique marocaine (analyse française)

14 février 2026 - 12:58

La construction d’une usine dédiée à la production de systèmes d’atterrissage à Nouaceur, portée par le groupe Safran, constitue un tournant stratégique majeur dans le développement de l’industrie aéronautique au Maroc. C’est l’analyse formulée par Khaled Hammadi, président de l’Institut international d’études géopolitiques, dans une déclaration à la MAP-Paris.

Implanté au cœur de la plateforme industrielle intégrée MidParc, spécialisée dans les métiers de l’aéronautique et du spatial, le projet représente un investissement supérieur à 280 millions d’euros. Pour Hammadi, il ne s’agit pas d’un simple site industriel supplémentaire, mais d’un jalon structurant dans le repositionnement du Royaume au sein des chaînes de valeur mondiales à forte intensité technologique.

Contrairement aux activités d’assemblage classique, la production de systèmes d’atterrissage relève d’un segment à très haute valeur ajoutée. Elle requiert des compétences avancées en ingénierie, en métallurgie de précision, en certification et en maintenance aéronautique. La nouvelle unité, appelée à devenir l’un des plus grands centres mondiaux dans ce domaine, renforcera l’écosystème industriel national dans les secteurs des matériaux avancés, de la fabrication de précision et des services aéronautiques spécialisés.

Le projet prévoit la création de 500 emplois hautement qualifiés et fonctionnera à 100 % grâce à une énergie décarbonée. Ce choix technologique s’inscrit, selon l’analyste, dans la cohérence d’une stratégie industrielle nationale articulée autour de la compétitivité durable et de la transition énergétique.

Une reconfiguration géoéconomique

Au-delà de sa dimension industrielle, l’investissement s’inscrit dans une recomposition plus large des équilibres géopolitiques mondiaux. L’Institut international d’études géopolitiques y voit l’illustration concrète de la doctrine dite du friendshoring. Face aux tensions internationales et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement, les puissances occidentales tendent à relocaliser certaines productions stratégiques auprès de partenaires jugés politiquement fiables et géographiquement proches.

Dans cette logique, le Maroc se positionne comme une base industrielle stratégique de proximité pour l’Europe. En développant une capacité de production de systèmes d’atterrissage et de composants de nouvelle génération aux portes du continent européen, Safran ne procède pas à une simple délocalisation : le groupe met en place une résilience industrielle distribuée, bénéfique à l’ensemble de la filière aéronautique occidentale.

Effet d’entraînement attendu

À moyen terme, ce type d’investissement est susceptible de renforcer l’attractivité du Royaume auprès d’autres industriels mondiaux du secteur. L’intégration progressive de segments à forte valeur technologique consolide la montée en gamme de l’industrie nationale et renforce la souveraineté industrielle dans des secteurs stratégiques.

Pour Khaled Hammadi, le Maroc franchit ainsi une nouvelle étape dans son ambition de devenir une plateforme de référence de l’aéronautique à l’échelle internationale. L’enjeu ne se limite plus à l’accueil d’activités manufacturières, mais à l’ancrage durable d’un savoir-faire technologique avancé au sein des chaînes de production globales.

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