>

Mohammed Benalilou : « Le corrompu est un produit de notre société »

14 février 2026 - 18:51

Le président de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption, Mohammed Benalilou, a livré à Rabat un diagnostic frontal sur la corruption : « Le corrompu ne vient pas d’une autre planète. Il est le fils de notre société ».

Intervenant lors de la présentation de l’ouvrage « Fissures du sens… Écrits contre la corruption », Benalilou a refusé toute approche abstraite ou moralisatrice. À ses yeux, la corruption n’est ni un accident isolé ni une anomalie extérieure : elle est le produit d’un environnement social, éducatif et institutionnel. « Aujourd’hui à l’école, demain au lycée, après-demain à l’université, puis responsable partisan, administratif ou gestionnaire d’un service public », a-t-il illustré, pour souligner la continuité du phénomène.

Un phénomène structurel, pas conjoncturel

Le responsable a rappelé que l’existence même de la Convention des Nations unies contre la corruption témoigne du caractère universel du problème. « Si la corruption n’existait pas, cette convention n’aurait pas vu le jour », a-t-il observé. Autrement dit, le défi dépasse les frontières nationales et appelle une réflexion collective.

Mais Benalilou ne s’est pas limité au constat. Il a insisté sur la nécessité d’identifier des « entrées » concrètes pour agir, ainsi que des « résultats » mesurables issus d’un travail fécond associant intellectuels, artistes, universitaires et institutions. La lutte contre la corruption, selon lui, ne peut être cantonnée aux seuls organes de contrôle : elle relève d’un effort transversal.

Entre volontarisme et responsabilité

Dans un registre volontariste, il a estimé qu’il fallait croire en la capacité de transformer les réalités les plus difficiles. « Soit nous croyons en notre capacité à graver la pierre et à faire bouger l’impossible, soit nous nous résignons à sombrer dans les ténèbres de la corruption », a-t-il déclaré, invitant à rompre avec la logique du fatalisme.

Le président de l’Instance a également souligné que la dénonciation permanente sans action concrète constitue une forme de renoncement. « Dire que la corruption est partout et s’en contenter relève d’une pensée négative », a-t-il affirmé, appelant à un engagement générationnel : chacun doit commencer par lui-même.

Un cadre constitutionnel strict

Sur le plan institutionnel, Benalilou a rappelé que l’Instance agit dans un cadre constitutionnel et légal précis. Il a précisé qu’outre les pratiques illicites, la violation de la loi et de la Constitution constitue en soi une forme de corruption. Cette précision vise à dissiper toute confusion entre action réglementée et abus de pouvoir.

Dans cette perspective, l’Instance annonce une nouvelle initiative destinée à élargir l’écoute aux différentes composantes de la société. L’objectif est de recueillir idées, analyses et propositions susceptibles de contribuer à l’amélioration du dispositif de prévention et de lutte contre la corruption.

Le message final est clair : reconnaître l’existence du phénomène ne suffit pas. « La corruption existe, mais nous devons travailler main dans la main pour la combattre ou, à tout le moins, la contenir », a conclu Benalilou.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *