L’intellectuel marocain Noureddine Affaya estime que les dispositions constitutionnelles relatives à la probité et à la régulation demeurent, dans les faits, insuffisamment traduites dans la pratique institutionnelle. Son analyse figure dans un ouvrage collectif publié par l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption, présenté vendredi à Rabat en présence de son président, Mohamed Benalilou.
Selon Affaya, les indicateurs récents témoignent d’une aggravation des phénomènes de corruption. Citant des données de l’Instance, il rappelle que le Maroc est passé du 73ᵉ rang sur 180 pays en 2018 au 97ᵉ en 2023, soit un recul de 24 places en cinq ans.
L’universitaire souligne que les institutions publiques disposent d’une connaissance précise des manifestations de corruption à travers les tribunaux, les services de police, la gendarmerie, les douanes ou encore les administrations territoriales. Pourtant, observe-t-il, la traduction effective des principes consacrés dans le préambule de la Constitution de 2011 – État de droit, gouvernance, égalité, justice sociale – reste incomplète.
Membre de l’Académie du Royaume, Affaya insiste sur la nécessité d’incarner ces valeurs à travers des mécanismes juridiques concrets, mais aussi par leur intégration dans l’éducation, l’enseignement public et les médias, appelés à jouer un rôle structurant dans la consolidation d’une culture de l’intégrité.
Il relève également que le choix constitutionnel d’un régime démocratique fondé sur la participation, l’alternance et la reddition des comptes a rencontré, depuis 2011, des résistances dans sa mise en œuvre. Des dysfonctionnements subsisteraient notamment en matière d’évaluation des politiques publiques, de contrôle de la gestion des fonds publics et de responsabilisation des gestionnaires.
Affaya met enfin en garde contre l’impact d’une transformation sociétale marquée par l’expansion d’un modèle consumériste qui, selon lui, a contribué à banaliser des comportements centrés sur l’accumulation matérielle au détriment des repères éthiques collectifs.
Pour l’auteur, la consolidation de l’État de droit passe désormais par un renforcement des mécanismes de contrôle, de prévention des conflits d’intérêts et d’effectivité des institutions de régulation, afin d’aligner la pratique politique sur les engagements constitutionnels.