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Le retour annoncé de María Corina Machado, un test politique pour Delcy Rodríguez

07 mars 2026 - 15:14

La perspective du retour au Venezuela de la dirigeante de l’opposition et prix Nobel de la paix María Corina Machado s’annonce comme un véritable test pour le gouvernement dirigé par Delcy Rodríguez, appelé à démontrer si l’espace politique du pays s’ouvre réellement à l’opposition.

Figure parmi les plus critiques du chavisme, Machado est régulièrement accusée par le pouvoir de radicalisme et de complots contre l’État. Pourtant, ces dernières années, elle s’est imposée comme la principale leader de l’opposition en termes de soutien populaire, selon plusieurs instituts de sondage.

Après l’élection présidentielle de 2024, dont le résultat proclamant Nicolás Maduro vainqueur a été contesté par l’opposition, la dirigeante a passé plusieurs mois dans la clandestinité afin d’éviter son arrestation.

En décembre, elle a quitté le pays pour recevoir à Oslo le prix Nobel de la paix, avant de se rendre aux États-Unis. C’est depuis l’étranger qu’elle a annoncé son intention de rentrer au Venezuela « dans les prochaines semaines ».

Une ouverture politique sous observation

Selon le politologue Guillermo Tell Aveledo, un éventuel retour constituerait un test direct du niveau de libertés politiques dans le système actuel.

Ces derniers mois, certains signes d’une reprise de l’activisme politique ont émergé, notamment avec la réapparition de dirigeants jusque-là clandestins et des mobilisations étudiantes dans les rues, après une période marquée par plus de 2.400 arrestations à la suite du scrutin de 2024.

Le contexte reste toutefois ambigu.

En février, le Parlement a adopté une loi d’amnistie couvrant des faits survenus entre 1999 et 2026. Mais plusieurs analystes estiment que certaines dispositions semblent exclure précisément les accusations portées par le gouvernement contre Machado.

L’article 9 du texte retire en effet du champ de l’amnistie les personnes ayant soutenu ou financé des actions militaires ou des opérations de force.

De son côté, Delcy Rodríguez a déclaré que, si Machado revenait au pays, elle devrait répondre de son appel à des sanctions internationales et à une intervention militaire contre le gouvernement vénézuélien.

Un signal pour l’opposition

Pour la spécialiste de la communication politique Mariana Bacalao, le retour éventuel de Machado constituerait un indicateur de l’état réel du système politique.

Si l’opposante peut rentrer et exercer librement ses droits politiques, cela pourrait être interprété comme un signal d’ouverture pour les opposants exilés ou contraints à la clandestinité. Dans le cas contraire, cela alimenterait les doutes quant à la volonté réelle du pouvoir d’engager un processus de démocratisation.

Le parti de Machado a déjà annoncé qu’elle entreprendrait une tournée nationale afin de relancer la mobilisation politique et préparer une nouvelle victoire électorale.

La dirigeante affirme vouloir promouvoir un « grand accord national » pour assurer la gouvernabilité du pays et préparer une transition démocratique.

Mais ce retour s’inscrit aussi dans un contexte international délicat : tout en recherchant l’appui de Washington, Machado devra composer avec une situation où le président américain Donald Trump a lui-même salué l’action de Delcy Rodríguez.

Dans ce contexte, son retour pourrait devenir un moment décisif pour la scène politique vénézuélienne : soit le début d’une ouverture politique, soit la confirmation d’un système toujours verrouillé.

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