>

Espagne: Les parlementaires espagnols suspendent la presse et s’inquiètent de l’état de la démocratie

10 mars 2026 - 13:05

Une enquête réalisée par l’Université nationale d’enseignement à distance (UNED) et l’Université de Burgos auprès de 518 députés, sénateurs et parlementaires régionaux révèle que les représentants publics espagnols attribuent une bonne note aux Forces armées et valident la Monarchie ainsi que le Pouvoir judiciaire, mais sanctionnent les médias. Trois parlementaires sur quatre estiment que les citoyens perdent confiance dans la démocratie, même si 94 % considèrent toujours qu’elle reste le meilleur système de gouvernement possible.

Les Forces armées et les Forces de sécurité de l’État sont les institutions les mieux évaluées par les représentants publics espagnols, avec une moyenne de 7,1 sur 10. C’est ce qui ressort de la quatrième édition de l’enquête menée par l’Université nationale d’enseignement à distance (UNED) et l’Université de Burgos dans le cadre du projet international Comparative Candidate Survey (CCS), auquel l’agence Europa Press a eu accès. L’étude a interrogé 518 députés, sénateurs et parlementaires régionaux appartenant à tous les partis représentés en Espagne, offrant ainsi une radiographie inédite de la manière dont les responsables politiques perçoivent les institutions de l’État.

La Couronne et le Pouvoir judiciaire obtiennent la moyenne : le Roi reçoit une note de 5,5 et la Justice 5,8. À l’autre extrémité du classement, les médias et les syndicats partagent la note la plus basse parmi les institutions évaluées, avec 4,3 sur 10. Les organisations patronales obtiennent quant à elles 4,8 points. La note attribuée à la presse est particulièrement frappante, car l’échec est transversal : aucune famille parlementaire n’accorde aux médias une note supérieure à la moyenne, ce qui place le journalisme comme l’institution la plus contestée, indépendamment de l’orientation politique des élus interrogés.

Les institutions passées au crible

La polarisation idéologique du Parlement apparaît clairement dans l’évaluation des institutions. Les députés et sénateurs du Parti populaire (PP) sont ceux qui accordent les meilleures notes à la Justice, à la Monarchie et aux Forces armées et de sécurité, avec des scores supérieurs à 8 sur 10 dans ces trois domaines.

À l’opposé, les représentants de la gauche alternative — Sumar et Podemos — ainsi que les groupes nationalistes et indépendantistes — Bildu, Junts, le Parti nationaliste basque (PNV), Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) et le Bloc nationaliste galicien (BNG) — attribuent au Roi des notes inférieures à 1 sur 10 et sanctionnent également le Pouvoir judiciaire, les médias et les Forces armées.

Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) occupe une position intermédiaire : ses parlementaires accordent un peu plus de 4 points à la Couronne et au Pouvoir judiciaire, mais donnent 6,7 aux syndicats, institution à laquelle le PP n’accorde que 2,6 points.

Les représentants de Vox présentent, quant à eux, le profil le plus singulier de l’étude : ils attribuent 6,6 à la Monarchie — davantage que le PSOE — mais donnent les notes les plus basses de toute l’enquête à la presse (1,7) et aux syndicats (0,5). L’écart entre les blocs dans l’évaluation de presque toutes les institutions reflète un Parlement où les consensus institutionnels restent limités.

Une démocratie fragilisée ?

Au-delà de l’évaluation des institutions, l’étude met en évidence une inquiétude largement partagée quant à l’état de la démocratie. Selon l’enquête, 76 % des parlementaires estiment que les citoyens perdent confiance dans le système démocratique, contre seulement 8 % qui pensent le contraire. Les plus optimistes sont les parlementaires socialistes, tandis que les plus pessimistes appartiennent à Bildu.

Malgré ce diagnostic préoccupant, 94 % des représentants publics considèrent toujours que la démocratie, avec toutes ses imperfections, reste préférable à tout autre système de gouvernement. Seuls 2 % expriment un désaccord avec cette affirmation.

Cette défiance connaît toutefois une limite claire : seulement 23 % des élus pensent que le système politique est tellement corrompu qu’il faudrait en instaurer un nouveau, tandis que 63 % rejettent cette idée. Les résultats suggèrent donc que les responsables politiques perçoivent un affaiblissement réel de la légitimité démocratique auprès de la population, sans que cela conduise pour autant à remettre en cause le modèle institutionnel lui-même.

Concernant le rôle des représentants, 63 % estiment qu’un responsable politique doit suivre la volonté du peuple, et 70 % considèrent que sa mission consiste à comprendre ce que pensent les électeurs et à le traduire dans l’action politique. Seuls les élus de Junts et de Vox défendent majoritairement l’idée qu’un représentant doit maintenir ses propres convictions, même si elles diffèrent de celles de ses électeurs.

Les grandes fractures idéologiques

L’étude met également en lumière les divisions sur certaines politiques publiques. En matière d’égalité entre les sexes, 38 % des représentants du PP et 69 % de ceux de Vox considèrent que la discrimination à l’égard des femmes n’est plus un problème en Espagne, tandis que la grande majorité des autres partis pense le contraire.

Sur l’immigration, 52 % des parlementaires soutiennent l’idée que les personnes immigrées doivent s’adapter aux coutumes espagnoles, contre 23 % qui s’y opposent. Cette position est majoritaire chez les élus de Vox (100 %), du PP (83 %) et de Junts (77 %), tandis qu’elle est largement rejetée par ceux de Bildu (0 %), Sumar et Podemos (3 %) et ERC (11 %).

Cependant, 81 % des parlementaires estiment que les migrants constituent un apport positif pour l’économie espagnole, à l’exception notable des représentants de Vox, majoritairement en désaccord avec cette affirmation.

En matière environnementale, 68 % des élus soutiennent l’adoption de mesures fortes pour protéger l’environnement, bien que 69 % des représentants de Vox s’y opposent. Quant aux dépenses de défense, 46 % des parlementaires les considèrent comme une priorité élevée, avec plus de 75 % de soutien au sein du PP et de Vox, alors que cette proportion ne dépasse pas 14 % dans les partis de gauche et les groupes nationalistes.

Enfin, concernant la fiscalité, la moyenne de soutien à l’idée de payer davantage d’impôts pour améliorer les services publics atteint 7,1 sur 10, avec Vox (4) et le PP (5,2) dans le bas de l’échelle, tandis que les partis de gauche dépassent les 9 points.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *