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Guerre au Moyen-Orient : quels risques économiques pour le Maroc ?

15 mars 2026 - 12:53

La guerre en cours au Moyen-Orient commence déjà à produire ses effets sur les marchés énergétiques mondiaux. Pour des pays fortement dépendants des importations d’énergie, comme le Maroc, l’impact économique pourrait être significatif si la crise se prolonge.

Hausse des prix du pétrole, tensions sur le transport maritime, inflation importée : autant de facteurs susceptibles d’exercer une pression croissante sur l’économie nationale dans les mois à venir.

Un choc énergétique potentiel

Plusieurs pays arabes importateurs d’énergie – notamment le Maroc, la Tunisie, l’Égypte ou la Jordanie – sont particulièrement exposés à l’évolution des marchés pétroliers.

Selon l’économiste marocain Rachid Sari, la vulnérabilité énergétique du Royaume demeure importante : le Maroc importe plus de 90 % de ses besoins en pétrole et en gaz.

Or, la loi de finances 2026 repose sur une hypothèse de prix du baril autour de 65 dollars, alors que les marchés ont rapidement évolué ces derniers jours. Les cours du pétrole sont passés de 79 à 84 dollars en quelques jours, soit une hausse d’environ 13 %, tandis que le prix du gaz aurait progressé de près de 30 %.

Si cette tendance se confirme, les effets pourraient rapidement se traduire par une inflation importée et une hausse du coût de plusieurs produits de base.

Le spectre d’une inflation accrue

Rachid Sari estime que si la hausse des prix de l’énergie se maintient pendant plusieurs semaines, les indicateurs économiques pourraient se dégrader.

Le taux d’inflation pourrait dépasser 6 %, voire atteindre 8 % si les prix du pétrole franchissent durablement le seuil des 100 dollars le baril.

L’impact ne se limiterait pas au secteur énergétique. La hausse des coûts du transport et de l’assurance maritime pourrait également renchérir les matières premières, les produits alimentaires et les médicaments, notamment depuis que le détroit d’Ormuz est considéré comme une zone maritime à haut risque.

Ce passage stratégique voit transiter environ 20 % du commerce mondial de pétrole.

Un risque pour le pouvoir d’achat

Pour l’économiste Ouahdi Saïd, la flambée des prix du pétrole constitue la conséquence directe de la montée des tensions dans la région et des menaces pesant sur la sécurité du détroit d’Ormuz.

Les premiers jours du conflit ont déjà fait franchir au pétrole la barre des 80 dollars le baril, et certains analystes n’excluent pas un passage au-delà des 100 dollars si les hostilités se prolongent.

Dans un pays dépendant des importations énergétiques, une telle évolution pourrait peser sur le pouvoir d’achat des ménages et accroître la pression sur les réserves en devises.

Le gouvernement marocain a toutefois tenté de rassurer l’opinion en indiquant que les capacités nationales de stockage permettraient de couvrir environ un mois de consommation.

Des alternatives… mais coûteuses

Face à cette situation, plusieurs options sont évoquées. Le Maroc pourrait se tourner davantage vers les marchés européens, plus proches géographiquement mais souvent plus chers, ou vers les États-Unis, qui disposent d’importantes réserves stratégiques.

À moyen terme, les analystes estiment que la crise pourrait aussi accélérer les investissements dans les énergies renouvelables, domaine dans lequel le Maroc dispose déjà d’un potentiel important.

Certains observateurs soulignent par ailleurs que l’instabilité au Moyen-Orient pourrait indirectement profiter au Royaume dans un autre secteur : le tourisme, si les voyageurs internationaux privilégient des destinations jugées plus stables.

Un choc pétrolier déjà visible

Sur les marchés, le pétrole a enregistré sa plus forte progression hebdomadaire depuis 2022.

Le Brent a bondi de plus de 22 % sur la semaine, atteignant près de 89 dollars le baril, tandis que le West Texas Intermediate a dépassé 86 dollars.

Ces tensions s’expliquent par les répercussions d’une escalade militaire régionale ayant perturbé les flux énergétiques et ralenti le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.

Si le conflit devait s’inscrire dans la durée, le véritable test pour l’économie marocaine pourrait alors commencer : celui de sa capacité à absorber un nouveau choc énergétique mondial.

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