Téhéran. Dix-sept jours après le début de la guerre, l’économie iranienne montre des signes d’asphyxie. À quelques jours de Norouz, le Nouvel An persan, traditionnellement la période la plus prospère pour les commerçants, les bazars de la capitale se vident et les ventes chutent brutalement.
Au bazar de Tajrish, dans le nord de Téhéran, les allées habituellement bondées à cette période de l’année sont presque désertes. Les explosions nocturnes, qui ont repris après deux jours de relative accalmie, rappellent que le pays reste plongé dans le conflit.
«Par rapport à la période précédant la guerre, mes ventes ont chuté de plus de 90 %», confie Mohsen —nom fictif—, propriétaire d’une pâtisserie.
L’offensive lancée le 28 février par Israël et les États-Unis a frappé de plein fouet l’activité commerciale, au moment même où les commerçants espéraient réaliser leurs meilleures ventes de l’année.
Des boutiques ouvertes mais sans clients
Morvarie, 37 ans, qui tient une boutique de cosmétiques dans le même bazar, décrit une situation similaire.
Son commerce est resté fermé pendant une semaine en raison du deuil national décrété après la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, survenue au début de la guerre.
Depuis la reprise des activités, les affaires restent très limitées. De nombreux fabricants ont quitté la capitale ou préfèrent rester chez eux par crainte de nouveaux bombardements.
«Mes ventes sont tombées à environ un septième de ce qu’elles étaient il y a trois semaines. Il n’y a presque plus personne au bazar», explique-t-elle.
Une économie déjà fragilisée
La guerre frappe une économie déjà fragilisée par des années de difficultés, marquées par une inflation supérieure à 40 % et une dépréciation continue du rial.
Fin décembre, des commerçants de Téhéran avaient déjà manifesté contre la dégradation des conditions économiques. Ces protestations ont ensuite évolué en un mouvement de contestation plus large contre le pouvoir.
Les autorités iraniennes reconnaissent 3.117 morts lors de ces manifestations, tandis que des organisations de défense des droits humains évoquent plus de 7.000 victimes et des dizaines de milliers d’arrestations.
Un Norouz sous le signe de l’inquiétude
Dans ce contexte, l’approche du Nouvel An persan s’accompagne d’une atmosphère lourde d’incertitude.
«Ce sont des jours sombres», confie Maryam, habitante de Téhéran. «Un Norouz triste, après la répression des manifestations et maintenant la guerre, qui a brisé de nombreuses familles.»
Aucun signe d’apaisement rapide du conflit n’est visible pour l’instant, les autorités iraniennes ne semblant pas disposées à engager des négociations pour un cessez-le-feu.