La hausse soudaine du prix du gasoil, qui dépasse les 15 % en une seule fois, suscite de vives critiques. Selon ses détracteurs, le gouvernement aurait laissé les distributeurs de carburants augmenter les prix alors qu’il aurait dû intervenir pour mobiliser les stocks stratégiques en attendant une clarification de la situation sur les marchés internationaux.
Il y a quelques jours encore, la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable affirmait que son département encourageait les distributeurs à activer les stocks stratégiques afin d’éviter des augmentations importantes. Pourtant, les dernières hausses semblent contredire ces assurances, alimentant les accusations selon lesquelles l’exécutif entretiendrait des promesses sans effet concret.
La question du stock stratégique
Selon un dahir datant de 1973, les sociétés de distribution de carburants au Maroc sont tenues de constituer un stock stratégique équivalant à 60 jours de consommation pour l’ensemble des produits pétroliers (gasoil, essence, kérosène, propane, etc.).
Dans la pratique, toutefois, les critiques affirment que cette obligation n’est pas pleinement respectée. Le ministère de tutelle lui-même reconnaît que le niveau moyen des stocks stratégiques n’atteindrait qu’environ 30 jours, soit la moitié du volume requis.
Par ailleurs, des mécanismes de contrôle instaurés en 2016 lors de la suppression de la subvention sur les carburants prévoyaient plusieurs mesures :
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l’obligation pour les distributeurs de maintenir un stock minimal de 60 jours ;
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la publication régulière d’informations sur les niveaux de stockage ;
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des audits des stocks avec transmission des données aux autorités ;
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et, en cas de non-respect, le retrait de la licence d’exploitation.
Accusations de conflit d’intérêts
Les critiques estiment aujourd’hui que ces mécanismes de contrôle ne sont pas appliqués avec rigueur. Ils pointent également un possible conflit d’intérêts, rappelant que le chef du gouvernement est un homme d’affaires lié au secteur des hydrocarbures.
Dans ce contexte, certains observateurs s’interrogent sur la capacité de l’exécutif à faire appliquer strictement la réglementation, tout en appelant à des mesures pour atténuer l’impact de la hausse des prix, notamment par une réduction de la fiscalité sur la distribution.
Une pression accrue sur le pouvoir d’achat
L’augmentation récente — d’environ deux dirhams par litre — intervient dans un contexte déjà marqué par une forte pression sur le pouvoir d’achat des ménages.
Pour ses détracteurs, cette hausse illustre les limites de la politique actuelle menée par la coalition gouvernementale, composée des partis du Rassemblement national des indépendants (RNI), du Parti authenticité et modernité (PAM) et de l’Istiqlal.
Selon eux, la responsabilité ne revient pas uniquement au chef du gouvernement, mais aussi à l’ensemble de la majorité qui soutient les décisions de l’exécutif au Parlement.