L’invitation adressée par Claudia Sheinbaum au roi d’Espagne marque un geste d’apaisement après plusieurs années de crispation diplomatique, quelques jours seulement après les propos inédits du souverain sur les abus commis durant la conquête.
La relation entre Mexico et Madrid semble entrer dans une nouvelle phase. La présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, a invité officiellement le roi Felipe VI à se rendre au Mexique à l’occasion de la Coupe du monde 2026, organisée conjointement par le Mexique, les États-Unis et le Canada. La Maison royale espagnole a indiqué avoir accueilli cette invitation « avec satisfaction », y voyant un signe positif dans une relation bilatérale longtemps fragilisée par le contentieux mémoriel autour de la conquête de l’Amérique.
D’après les informations diffusées mercredi, la lettre de la présidente mexicaine est datée du 3 février et a été reçue par la Zarzuela le 24 février. Claudia Sheinbaum y présente le Mondial 2026 comme une occasion propice pour rappeler la profondeur des liens entre les deux pays, forgés, selon ses termes, par une histoire, une langue et une culture partagées.
Ce geste dépasse largement le cadre sportif. Depuis 2019, les relations entre l’Espagne et le Mexique ont été affectées par la demande formulée par l’ancien président Andrés Manuel López Obrador, qui exigeait des excuses de la Couronne espagnole pour les abus commis durant la conquête. La tension avait franchi un nouveau seuil en septembre 2024, lorsque Claudia Sheinbaum n’avait pas invité Felipe VI à sa cérémonie d’investiture, ce à quoi Madrid avait répondu en n’envoyant aucune représentation officielle.
Le dégel a commencé à se dessiner ces derniers jours. Lundi, à Madrid, lors d’une visite à l’exposition La mitad del mundo. La mujer en el México indígena, au Musée archéologique national, Felipe VI a reconnu qu’il y avait eu « beaucoup d’abus » et des « controverses éthiques » pendant la conquête. Tout en plaidant pour une lecture rigoureuse du passé, il a admis que la pratique historique s’était souvent éloignée des principes protecteurs alors proclamés par la monarchie espagnole. Il s’agissait de sa première prise de position aussi explicite sur ce dossier depuis l’ouverture de la polémique avec le Mexique.
Au Mexique, ces propos ont été interprétés comme un signe d’ouverture. Sans considérer que le différend historique est définitivement clos, la présidence mexicaine y a vu un geste de rapprochement susceptible de relancer le dialogue politique. Plusieurs analyses publiées en Espagne évoquent désormais un véritable début de dégel diplomatique, fondé autant sur les symboles que sur les intérêts stratégiques communs.
Le Mondial 2026 apparaît dès lors comme une scène idéale pour matérialiser cette détente. La compétition se déroulera du 11 juin au 19 juillet 2026 dans les trois pays hôtes, ce qui donne à une éventuelle visite du roi en territoire mexicain une portée bien plus politique que protocolaire. La rencontre ne serait pas seulement liée au football : elle pourrait devenir l’image d’une réconciliation prudente entre deux États restés divisés par leur lecture du passé colonial.
Ce rapprochement n’efface toutefois pas toutes les résistances. En Espagne, les déclarations du roi ont rouvert le débat sur la mémoire de la conquête. La présidente de la Communauté de Madrid, Isabel Díaz Ayuso, s’est ainsi démarquée du ton conciliant adopté par Felipe VI, preuve que la détente institutionnelle avec Mexico ne s’accompagne pas d’un consensus politique interne en Espagne sur cette question historique.
Au-delà du Mondial, l’évolution actuelle s’inscrit dans un calendrier diplomatique plus large. Les gestes culturels et politiques récents entre les deux pays sont également lus à la lumière de la prochaine Cumbre Iberoamericana que Madrid accueillera en novembre 2026. Dans ce contexte, l’invitation adressée par Claudia Sheinbaum au roi d’Espagne apparaît comme un signal clair : le Mexique maintient son exigence de reconnaissance historique, mais choisit désormais de rouvrir la voie du dialogue.