L’université catholique portugaise de Lisbonne a accueilli une rencontre académique consacrée à la présentation du nouvel ouvrage d’Idriss El Karoui, président du Forum des associations africaines d’intelligence économique, intitulé « Comprendre le nouveau monde… Une vision africaine ».
Cette rencontre, organisée en présence d’universitaires, de chercheurs, de responsables institutionnels portugais et africains ainsi que de l’ambassadeur du Maroc au Portugal, Othman Aba Hanini, a donné lieu à un large débat autour des profondes transformations géopolitiques, technologiques et économiques qui redessinent l’ordre mondial contemporain.
Dans cet ouvrage, Idriss El Karoui propose une lecture stratégique des mutations globales à partir d’une perspective africaine fondée sur l’intelligence économique et la prospective. L’auteur analyse notamment la montée des tensions géopolitiques, l’affaiblissement des mécanismes de gouvernance internationale, les bouleversements technologiques et climatiques ainsi que l’émergence de nouveaux rapports de force mondiaux.
Lors de son intervention à Lisbonne, Idriss El Karoui a expliqué que le « nouveau monde » pouvait être compris à travers trois temporalités majeures : « le temps des extrêmes », marqué par la concentration des richesses et la course aux armements ; « le temps des ruptures », lié aux mutations technologiques et au recul du multilatéralisme ; et enfin « le temps de l’instabilité », qui menace aussi bien la sécurité humaine que les équilibres démocratiques.
L’auteur estime que certains grands pôles de puissance — géants technologiques, complexes militaro-industriels et puissances impériales — participent aujourd’hui à la production d’un ordre mondial caractérisé par une forme de « chaos économique » et par l’affaiblissement des garde-fous éthiques.
Une large partie de l’ouvrage est consacrée à l’Afrique, présentée non comme un continent périphérique mais comme un acteur central des transformations à venir. Idriss El Karoui défend l’idée d’une « Afrique de l’espérance », capable de valoriser son capital immatériel, ses ressources humaines et ses dynamiques collectives pour devenir un laboratoire des grandes mutations du XXIe siècle.
L’auteur insiste notamment sur l’importance stratégique de la Zone de libre-échange continentale africaine, du renforcement de la souveraineté économique et de la mobilisation des diasporas africaines dans la construction de nouveaux modèles de développement.
Dans cette réflexion, le Maroc apparaît implicitement comme l’un des acteurs africains les plus engagés dans cette dynamique de repositionnement continental, à travers sa diplomatie économique, sa politique africaine et sa vision de coopération Sud-Sud.
Idriss El Karoui plaide également pour un retour du savoir et de la pensée stratégique au cœur de la décision politique, tout en appelant à des politiques publiques fondées sur la dignité humaine, le dialogue interculturel et la lutte contre toutes les formes d’extrémisme et de discrimination.
L’ouvrage s’achève sur une réflexion autour de la philosophie africaine de l’« Ubuntu », fondée sur la solidarité humaine et l’interdépendance, que l’auteur présente comme une alternative éthique aux fractures du monde contemporain.
Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre du programme universitaire « Guerre et stratégie dans le monde contemporain », supervisé par le professeur Francisco Proença Garcia, avec l’objectif de rapprocher les débats académiques des grandes interrogations géopolitiques actuelles.