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Sénégal : le président Bassirou Diomaye Faye limoge Ousmane Sonko et dissout le gouvernement sur fond de crise politique

23 mai 2026 - 10:09

Le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, a mis fin aux fonctions de son Premier ministre, Ousmane Sonko, et dissous l’ensemble du gouvernement, dans une décision spectaculaire qui confirme l’aggravation des tensions au sommet de l’État sénégalais.

L’annonce a été faite dans la nuit de vendredi à samedi à travers un décret présidentiel lu à la télévision publique RTS par le secrétaire général de la présidence, Oumar Samba Ba. Le texte précise que les ministres et secrétaires d’État du gouvernement sortant sont chargés d’assurer « la gestion des affaires courantes » jusqu’à la formation d’un nouvel exécutif.

Cette rupture marque un tournant majeur pour le pouvoir issu de l’élection présidentielle de mars 2024, porté à l’époque par l’alliance politique entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, deux figures du parti Pastef.

Quelques heures avant son limogeage, Sonko avait affiché publiquement ses divergences avec le chef de l’État lors d’une séance à l’Assemblée nationale.

« Je ne suis pas un Premier ministre qui obéit aveuglément et accepte tout », avait-il déclaré devant les députés, reconnaissant explicitement l’existence de désaccords avec le président.

Après l’annonce de sa destitution, Sonko a réagi brièvement sur le réseau social X en écrivant : « Alhamdulillah. Ce soir, je dormirai paisiblement à Keur Gorgui », son quartier résidentiel à Dakar.

Depuis plusieurs mois, les relations entre les deux hommes s’étaient considérablement détériorées. Des divergences sur la conduite des réformes, la gestion économique et l’équilibre du pouvoir au sein de l’exécutif avaient progressivement émergé dans l’espace public.

Trois semaines auparavant, le président Faye avait déjà laissé entendre, dans une interview remarquée, qu’il pouvait se séparer de son Premier ministre s’il estimait ne plus avoir confiance en lui.

L’ironie politique de cette rupture réside dans le fait que Bassirou Diomaye Faye doit largement son accession au pouvoir à Ousmane Sonko. Ce dernier, figure charismatique de l’opposition sénégalaise et principal moteur de la dynamique populaire de Pastef, avait été empêché de se présenter à la présidentielle de 2024 en raison d’une condamnation judiciaire pour diffamation.

À l’époque, Faye, alors relativement peu connu du grand public, avait été désigné comme candidat de substitution après le rejet de la candidature de Sonko par le Conseil constitutionnel.

Les deux hommes avaient également partagé un parcours politique et judiciaire commun. Arrêtés en 2023 dans un contexte de fortes tensions politiques et de manifestations contre le report de l’élection présidentielle, ils avaient été libérés en mars 2024 grâce à une loi d’amnistie destinée à apaiser la crise politique.

Fondé en 2014, le parti Pastef s’est imposé en une décennie comme la principale force antisystème du Sénégal, notamment grâce à la popularité de Sonko auprès de la jeunesse urbaine, à son discours souverainiste et à ses critiques virulentes du néocolonialisme français.

La dissolution du gouvernement ouvre désormais une période d’incertitude politique dans un pays longtemps considéré comme l’un des pôles de stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest. Plusieurs observateurs s’interrogent déjà sur l’avenir de la coalition présidentielle et sur les conséquences institutionnelles de cette rupture entre les deux figures majeures du changement politique sénégalais.

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