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Ghadamès, nouvelle pièce maîtresse du jeu géostratégique franco-libyen

07 août 2025 - 18:19

 La prise de contrôle du terminal militaire de Ghadamès par les forces du général Osama Juweili, allié tactique de la France en Libye, marque un tournant géopolitique aux confins du Maghreb et du Sahel. Paris y aurait déjà déployé du matériel sensible, déclenchant l’ire silencieuse du régime algérien.

La géographie n’est jamais neutre dans les recompositions militaires. La réactivation de la base aérienne de Ghadamès, à la triple frontière entre Libye, Tunisie et Algérie, vient confirmer une inflexion stratégique majeure dans l’arc saharo-maghrébin. Le contrôle exercé par les forces du général Osama Juweili, promu récemment au grade de lieutenant-général, coïncide avec l’arrivée d’équipements militaires et techniques en provenance de France. Ce redéploiement suscite d’importantes spéculations sur un possible renforcement de la présence militaire occidentale dans l’ouest libyen, en marge des circuits de l’OTAN.

Selon des sources locales citées par Libya Al Ahrar, les préparatifs logistiques sont déjà en cours sur la piste de Ghadamès, renforcée par des convois acheminés depuis la Tripolitaine. La proximité immédiate avec le territoire algérien donne à ce positionnement une dimension très sensible : la France pourrait, depuis cette enclave, surveiller de très près les mouvements transfrontaliers, notamment ceux de groupes armés historiquement manipulés par les services algériens pour influencer les équilibres du Sahel.

Un signal stratégique que la France ne cherche pas à dissimuler : Paris ne compte pas laisser le Maghreb sahélien à la merci de puissances régionales instables. La récente suspension de l’exemption de visa pour les titulaires de passeports diplomatiques algériens, annoncée par Emmanuel Macron, s’inscrit dans cette même logique de fermeté renouvelée à l’égard d’Alger. Un tournant qui intervient alors que l’Algérie fait face à un isolement croissant, et que son influence régionale semble décliner face à des acteurs comme le maréchal Khalifa Haftar, notoirement hostile au régime de la Casbah.

Pour Alger, cette configuration est une véritable quadrature du cercle : à l’est, l’activisme d’Haftar ; au centre, le soutien turc à Tripoli ; à l’ouest, la percée française via Juweili. Le quadrillage stratégique se referme sur un régime qui misait depuis des décennies sur la porosité des zones frontalières pour projeter ses leviers de pouvoir.

Au-delà du duel franco-algérien, cette montée en puissance militaire à Ghadamès reflète les profondes recompositions à l’œuvre dans le théâtre libyen, où les alliances sont souvent éphémères mais les positions stratégiques durables. Le désert libyen, longtemps considéré comme vide, devient à nouveau un centre névralgique de la compétition globale pour l’influence en Afrique du Nord.

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