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Zuma défend sa visite au Maroc : le drapeau sud-africain appartient au peuple, pas au gouvernement

08 août 2025 - 18:33

Critiqué pour avoir brandi le drapeau sud-africain lors de sa visite au Maroc, Jacob Zuma assume son geste. Face aux attaques du gouvernement sud-africain, l’ancien président défend sa légitimité en affirmant que le drapeau représente la nation tout entière. Au-delà de la polémique protocolaire, c’est une vision opposée de la souveraineté et de la diplomatie qui s’affirme.

Jacob Zuma ne s’excuse pas. Lors d’une conférence de presse tenue à Sandton, près de Johannesburg, le 8 août 2025, l’ancien président sud-africain et leader du parti uMkhonto we Sizwe (MK) a tenu à répondre aux critiques virulentes suscitées par sa récente visite au Maroc. Ce qui choque Pretoria ? La présence du drapeau sud-africain à ses côtés lors d’un échange non officiel avec le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, le 15 juillet à Rabat.

« Le drapeau d’Afrique du Sud n’appartient pas au gouvernement, mais à tous les citoyens », a lancé Zuma, ironique. « Chaque pays a un drapeau national, et ce drapeau appartient au peuple. Pourquoi cela étonne-t-il ? » Ce geste assumé, loin d’un incident diplomatique naïf, exprime une volonté de réappropriation symbolique de la souveraineté populaire. En d’autres termes : la nation ne se résume pas à ses institutions en place.

Le Department of International Relations and Cooperation (DIRCO) a dénoncé un « usage inapproprié » des symboles nationaux dans un cadre non autorisé. Son ministre, Ronald Lamola, a précisé que « cette réunion ne représente pas la position officielle de l’Afrique du Sud », et a adressé une protestation diplomatique au gouvernement marocain. Pour Pretoria, seule la diplomatie d’État détient la légitimité de représenter le pays à l’étranger.

Mais Zuma, désormais en retrait des cercles officiels du pouvoir, revendique une autre légitimité : celle de l’histoire militante. Son parti MK a rappelé que le Maroc fut, dès 1962, un soutien de la lutte anti-apartheid et de l’organisation armée Umkhonto we Sizwe, dont il porte aujourd’hui le nom. À travers cette visite, il entendait renouer un fil continental brisé, sans renier l’héritage historique ni se plier aux postures rigides d’un exécutif qu’il juge détaché des peuples.

L’affaire a suscité des réactions politiques explosives. Le secrétaire général du Congrès national africain (ANC), Fikile Mbalula, a traité Zuma de « traître », l’accusant de miner la position pro-Polisario de Pretoria. En réalité, cette surenchère verbale révèle un malaise plus profond : la peur de voir un acteur politique charismatique et indépendant incarner une diplomatie parallèle, populaire, déliée des carcans partisans.

À travers ce drapeau agité à Rabat, Zuma remet en question le monopole d’État sur les récits diplomatiques. Il oppose au langage des chancelleries celui de la mémoire et des solidarités historiques africaines. Son geste ne relève pas du populisme anecdotique, mais d’une volonté stratégique : raviver un autre pan de l’identité sud-africaine, ouverte sur le continent, affranchie des dogmes géopolitiques hérités de la guerre froide.

Reste à savoir si cette initiative trouvera un écho durable. Elle met en lumière une fissure entre État et nation, entre représentations officielles et élans populaires. Et rappelle que les symboles, utilisés ou contestés, restent des champs de bataille idéologiques. Zuma, en politicien aguerri, le sait mieux que quiconque.

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