>

Tensions Washington-Madrid : la ligne rouge de Trump et l’espace stratégique laissé à d’autres partenaires

11 août 2025 - 20:55
Deux destructeurs américains dans la base navale de Rota

                    Deux destructeurs américains dans la base navale de Rota (Espagne)

L’entretien de Wilson Beaver, analyste de la Heritage Foundation, accordé au journal espagnol El Independiente, met en lumière une relation bilatérale fragilisée par des choix stratégiques de Madrid. Entre désaccords sur la défense, Huawei et Gaza, le climat ouvre une fenêtre d’opportunité pour d’autres acteurs, dont le Maroc.

L’analyse livrée par Wilson Beaver, proche du cercle conservateur américain et de l’orientation politique de Donald Trump, ne se limite pas à un simple constat d’irritation. Elle révèle une perception structurée à Washington : Pedro Sánchez, loin de n’être qu’un chef de gouvernement de centre-gauche, est désormais identifié comme un acteur volontairement “antitrumpiste”, rompant avec la discipline d’alignement attendue au sein de l’OTAN.

Le refus espagnol d’adhérer à l’objectif de 5 % du PIB pour la défense, la signature d’un contrat sensible avec Huawei et la renonciation à l’acquisition des F-35 composent un triptyque qui, dans les cercles trumpistes, relève presque de la provocation. Beaver rappelle que ces décisions s’inscrivent dans un climat où d’autres alliés — même éloignés idéologiquement de Trump — ont su trouver des terrains d’entente pragmatiques.

L’entretien publié par El Independiente laisse entendre que la patience américaine n’est pas infinie. La présence militaire américaine à Rota, élément central de la coopération stratégique transatlantique, pourrait faire l’objet d’une révision. La réduction des moyens navals, évoquée par l’analyste, n’est pas anodine : elle enverrait un signal fort non seulement à Madrid mais à l’ensemble des alliés de l’OTAN sur le coût d’un désalignement stratégique.

Du point de vue marocain, ce refroidissement comporte une lecture à double tranchant. D’un côté, il peut ouvrir un espace de dialogue plus dense avec Washington, renforçant les partenariats sécuritaires et économiques déjà solides. De l’autre, une instabilité dans la relation américano-espagnole pourrait créer des effets indirects sur la coopération régionale, notamment en Méditerranée occidentale, où les équilibres maritimes et militaires sont sensibles.

Sur le plan diplomatique, la mention par Beaver du dossier Gaza est révélatrice. L’alignement de Madrid sur la plainte sud-africaine à la Cour internationale de justice est perçu, dans l’écosystème trumpiste, comme un choix de camp susceptible d’altérer la marge de manœuvre avec Washington. Cela illustre à quel point les dossiers moyen-orientaux influencent désormais les perceptions globales des alliances.

La “balle dans le camp” de Sánchez, pour reprendre l’expression de Beaver, ne concerne pas seulement Madrid. Elle illustre la manière dont Washington, sous Trump, récompensera la convergence stratégique et sanctionnera les divergences jugées “inutiles”. Pour le Maroc, qui bénéficie d’une relation de confiance avec les États-Unis, l’enjeu est de lire ces tensions comme des signaux d’opportunité — tout en veillant à préserver un dialogue équilibré avec un voisin européen clé.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *