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Décès du cheikh Jamal al‑Qadiri al‑Boutchichi : fin d’une ère spirituelle au Maroc

08 août 2025 - 18:48

Le chef de la confrérie soufie Qadiriyya Boutchichiya s’est éteint vendredi à l’âge de 83 ans. Figure emblématique du soufisme marocain contemporain, il incarnait une tradition spirituelle ancrée dans la paix, la sagesse et l’enseignement.

Le Maroc perd l’un de ses piliers spirituels. Le cheikh Jamal al‑Qadiri al‑Boutchichi, guide de la zaouïa Qadiriyya Boutchichiya, est décédé vendredi 8 août 2025 à Rabat, à l’âge de 83 ans. Sa mort met un terme à un chapitre influent de l’histoire du soufisme marocain moderne. Les funérailles doivent avoir lieu dans son village natal de Madagh (province de Berkane), fief historique de la confrérie.

Fils du célèbre cheikh Hamza al‑Qadiri, Jamal al‑Boutchichi avait pris la tête de la zaouïa en 2017, après le décès de son père. Né en 1942, il avait reçu une double formation : spirituelle d’abord, dans le cadre de la zaouïa familiale, puis académique, à Fès et à Rabat. Diplômé de la Faculté de Charia et de Dar al‑Hadith al‑Hassania, il avait soutenu en 2001 une thèse de doctorat sur le rôle contemporain des zaouïas au Maroc.

Sous sa direction, la Qadiriyya Boutchichiya a consolidé son rayonnement national et international. La confrérie, qui prône une voie mystique fondée sur l’amour divin, la tolérance et la discipline intérieure, est devenue un acteur central du soufisme modéré au sein du champ religieux marocain. Des disciples venus de plusieurs continents ont été formés à Madagh, où la zaouïa organise régulièrement des retraites spirituelles.

Jamal al‑Qadiri incarnait un style discret, mais influent. Son rôle dépassait les cercles initiés du soufisme : par son discours apaisé et son ancrage dans les institutions religieuses officielles, il participait à l’équilibre du paysage spirituel marocain. Il faisait figure de trait d’union entre la tradition mystique et les exigences de la modernité.

Dans un message relayé par les autorités locales, de nombreux responsables ont salué la mémoire d’un « homme de paix » et d’un « pédagogue spirituel hors pair ». Le président de l’Université Mohammed Ier d’Oujda, Yassine Zaghloul, a présenté ses condoléances officielles, soulignant le rôle éducatif du cheikh auprès des jeunes générations.

Sa disparition intervient à un moment où le rôle des confréries soufies fait l’objet d’un regain d’attention. En période de crispations identitaires et d’instrumentalisations religieuses, la zaouïa Qadiriyya Boutchichiya a souvent été présentée comme un modèle de religiosité tolérante, inscrite dans la tradition sunnite malikite marocaine.

Les regards se tournent désormais vers sa succession. La zaouïa, fondée au XVIIIe siècle, a toujours assuré une transmission familiale et spirituelle harmonieuse. Mais l’absence du cheikh Jamal pourrait marquer un tournant. Reste à savoir si la confrérie poursuivra son influence avec la même autorité morale.

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