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La confrérie Boutchichiya annule pour la première fois les célébrations du Mawlid à Madagh

30 août 2025 - 15:45

Secouée par la disparition récente de son guide spirituel, la tariqa Qadiriyya Boutchichiya rompt avec une tradition établie : le grand rassemblement de Madagh est annulé, remplacé par des célébrations régionales dans les différentes zaouïas du pays.

La décision est historique. Pour la première fois depuis des décennies, la prestigieuse confrérie soufie Boutchichiya ne tiendra pas ses célébrations centrales du Mawlid à Madagh, dans la région de Berkane. Dans un communiqué publié après le décès de son cheikh, Sidi Jamal al-Din, le 8 août dernier, la tariqa a annoncé que les festivités se limiteront à des commémorations régionales, organisées dans les différentes zaouïas du royaume.

Ce choix intervient après l’annulation du Forum mondial du soufisme, également prévu à Berkane sous la direction de Mounir Qadiri. La disparition du guide spirituel a provoqué un séisme interne dont les répercussions se font désormais sentir sur les pratiques et la visibilité publique de la confrérie.

Dans son communiqué, la zaouïa explique que la décision répond à la gravité de « l’épreuve » vécue par la communauté à la suite du décès de son cheikh. Elle invite les disciples à « redoubler d’efforts dans le dhikr et la récitation, à faire vivre les zaouïas par la lecture du Coran, du Sahih de l’imam al-Bukhari, du Shifa, des Dalâ’il al-Khayrât et du Dakhira al-Muhtaj », avec pour point culminant la nuit bénie du Mawlid.

Un tournant spirituel et institutionnel

L’annulation du rassemblement de Madagh n’est pas seulement un ajustement logistique : elle marque un tournant symbolique. Le Mawlid de Madagh constituait depuis des années une vitrine internationale du soufisme marocain, attirant des disciples et visiteurs du monde entier, et servant de plateforme de rayonnement pour la confrérie. Son abandon, même temporaire, souligne l’ampleur de la crise de succession et de légitimité ouverte par la mort de Sidi Jamal.

D’après des sources proches de la tariqa, la décision a été portée par le courant fidèle à Mouad Qadiri, récemment installé comme cheikh avec le soutien des autorités. Cela témoigne d’un équilibre fragile entre continuité spirituelle et réalignement institutionnel.

Entre piété et recomposition du pouvoir soufi

La fragmentation des célébrations en initiatives régionales peut être lue de deux façons : comme un retour à l’intériorité, recentrant la confrérie sur le dhikr et la vie spirituelle locale, ou comme un signe de perte de centralité et de cohésion. Pour les disciples, l’appel à « raviver les nuits » dans les zaouïas traduit la volonté de maintenir le souffle communautaire. Mais pour les observateurs, l’absence du grand rassemblement interroge sur l’avenir de la Boutchichiya comme acteur religieux influent, visible et reconnu à l’échelle internationale.

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