La justice marocaine a condamné mardi soir l’activiste féministe Ibtissam Lachgar à trente mois de prison ferme et à une amende de 50 000 dirhams, à l’issue d’un procès qui a suscité une large attention dans l’opinion publique.
Lachgar, connue pour ses positions militantes et ses interventions souvent controversées, avait été arrêtée à son domicile dans la médina de Rabat après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une photo la montrant portant un t-shirt avec des inscriptions considérées comme offensantes pour la foi musulmane.
Durant les audiences, la prévenue a affirmé qu’elle ne visait pas la religion en tant que telle, mais qu’elle souhaitait exprimer une critique d’ordre politique sur l’usage du religieux dans l’espace public. Une ligne de défense rejetée par le ministère public, qui a invoqué l’article 267-5 du Code pénal incriminant toute atteinte aux fondements religieux du pays.
Le tribunal a estimé que les faits entraient dans le champ des « offenses à l’islam », confirmant ainsi la gravité juridique attribuée à ce type de comportement. Cette décision illustre la fermeté des magistrats face à des affaires où les libertés individuelles s’entrechoquent avec les références sacrées de la société.
L’affaire Lachgar relance le débat, sensible et récurrent au Maroc, sur la place de la liberté d’expression lorsqu’elle croise les valeurs religieuses. Pour certains observateurs, ce jugement réaffirme la primauté du respect des constantes nationales, tandis que pour d’autres, il soulève la question des limites de l’espace critique dans une société en mutation.
Quoi qu’il en soit, le verdict, sévère dans sa dimension pénale et financière, marque une étape supplémentaire dans la relation complexe entre militantisme social, expression individuelle et cadre légal au Maroc.