>

Pékin, Moscou, Pyongyang : le nouvel axe et les fractures de l’Occident

07 septembre 2025 - 18:35

La scène de Pékin, où Xi Jinping a accueilli Vladimir Poutine et Kim Jong-un sous le regard du monde, va bien au-delà d’un protocole diplomatique. Elle révèle la volonté de trois régimes de mettre en commun leur puissance militaire et leur récit politique, au moment même où les démocraties doutent de leurs fondations.

Ce défilé martial, avec ses missiles étincelants et ses troupes réglées comme une horloge, n’était pas qu’une démonstration d’ordre et de discipline, au point qu’on croirait voir Hitler, depuis l’au-delà, hausser les sourcils d’un air jaloux. Il voulait signifier que la Chine se conçoit désormais comme le centre de gravité du système international, appuyée par une Russie contrainte de devenir fournisseur d’énergie à prix réduit et par une Corée du Nord exhibée comme partenaire nucléaire imprévisible. Ce trio n’a rien d’une alliance idéologique, mais il compose une alliance de circonstance où chacun trouve son compte.

Pendant ce temps, les États-Unis apparaissent absorbés par les secousses de leur propre vie politique, tandis que l’Europe semble se perdre dans ses divergences internes. Cette hésitation occidentale, perçue depuis l’extérieur, offre un contraste saisissant avec la détermination affichée par les autocraties. Plus encore, elle souligne que la question du leadership mondial se joue autant dans la projection de confiance que dans la réalité des arsenaux.

Pour le Maroc comme pour l’Afrique, la scène qui se dessine appelle une lecture active. L’émergence d’un ordre multipolaire représente une chance à saisir pour affirmer une diplomatie autonome, ouverte à tous les blocs, mais fidèle à ses propres priorités. Dans ce contexte, l’Initiative Atlantique portée par SM le Roi Mohammed VI révèle toute sa pertinence : elle montre que les nations du Sud disposent des moyens nécessaires pour écrire leurs chapitres de l’histoire mondiale, et apparaître au premier plan plutôt qu’en marge des récits imposés par les grandes puissances.

Ce qui se joue en vérité dépasse la compétition militaire. C’est une bataille de récits : la Chine, la Russie et la Corée du Nord présentent leur entente comme une promesse de stabilité et d’ordre, alors que les démocraties occidentales, en proie à leurs contradictions, peinent à formuler une vision commune. Si cette fracture perdure, elle pourrait réduire l’Occident à une addition de nations inquiètes, incapables de défendre les valeurs qui firent un jour sa cohésion.

Pour les sociétés du Sud, l’essentiel sera d’éviter de n’être que des spectateurs. La réponse ne réside ni dans l’alignement aveugle ni dans la neutralité passive, mais dans une diplomatie lucide, qui sache conjuguer défense des intérêts nationaux et affirmation d’une voix propre. Car, au bout du compte, ce n’est pas seulement la force brute qui façonnera l’avenir, mais la capacité de proposer un récit crédible de coopération et de justice.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *