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Mort de quatre officiers algériens à Téhéran : un silence qui dérange

21 juin 2025 - 14:20

Quatre noms circulent dans les cercles diplomatiques et militaires depuis qu’un raid israélien a frappé des installations des Gardiens de la Révolution à Téhéran : Lamine Zouggar, Mostafa Dahrouch, Saïd Rachdi et Tajeddine Meghouli. Officiers supérieurs algériens, tués loin de chez eux, dans un théâtre d’opérations qui, officiellement, ne concerne pas leur pays. Depuis l’annonce de leur mort, ni Alger ni Téhéran n’ont pris la parole. Le silence, ici, pèse plus que les faits.

Ce qui choque, ce n’est pas seulement la présence non déclarée de cadres militaires algériens en Iran, mais l’implication possible dans des structures liées au corps des Gardiens de la Révolution. Un corps accusé de structurer un arc régional d’influence — du Liban au Yémen — souvent en opposition ouverte avec les intérêts occidentaux et sunnites. Que faisaient donc ces officiers algériens sur place ? Entraînement discret ? Coopération technique ? Coordination stratégique? Les hypothèses foisonnent, et la certitude demeure : leur mort n’est pas le fruit du hasard.

La Constitution algérienne interdit toute projection militaire à l’étranger sans mandat du Parlement. Pourtant, ces hommes sont tombés à plus de 4 000 km d’Alger, dans un contexte de confrontation régionale larvée. Ce fait seul soulève une question grave de légitimité, à laquelle aucun responsable n’a, pour l’instant, osé répondre.

Pour certains analystes, cette affaire n’est pas un incident isolé, mais un symptôme d’un réalignement discret. Selon Ahmed Abdellaoui, spécialiste marocain de géopolitique, Alger pourrait chercher à compenser l’influence grandissante de Rabat — appuyée par des alliances euroatlantiques — en tissant des liens plus étroits avec Téhéran et Moscou. Un pari risqué, car il place l’Algérie au cœur d’un jeu d’alliances instable, sans garantie ni issue claire.

Ce qui semble se dessiner en creux, c’est une mutation idéologique. Alger, longtemps adepte d’une neutralité prudente, pourrait glisser vers un engagement plus marqué aux côtés d’axes dits « de résistance », au nom d’une vision stratégique qui échappe pour l’instant à tout débat public.

En l’absence d’une clarification officielle, ce drame pourrait dégénérer en crise intérieure. Car au-delà des jeux géopolitiques, une question reste suspendue : qui décide de la politique étrangère militaire de l’Algérie aujourd’hui ? Et surtout, au nom de quoi ?

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