Après cinq décennies de tensions politiques et juridiques autour de la question du Sahara occidental, la résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité a marqué un tournant historique dans le cours de ce conflit de longue date.
L’importance de la décision rendue le vendredi 31 octobre 2025 réside dans la pleine légitimité internationale qu’elle confère à la proposition d’autonomie, dans le cadre de la souveraineté marocaine, comme seule option réaliste et durable. Elle simplifie la philosophie d’une éventuelle solution politique à la question du Sahara, fondée sur une conception profonde qui conjugue le principe d’autodétermination avec celui de la préservation de l’unité de l’État, et met définitivement fin à l’option d’un référendum, susceptible d’aboutir à la sécession. Cette décision a été prise dans un contexte régional et international tendu, ce qui signifie qu’elle représente l’aboutissement d’un long processus diplomatique mené par le Maroc sous l’égide directe du roi Mohammed VI/
Cette voie confirme l’existence d’une stratégie royale mise en œuvre progressivement sur le terrain depuis plusieurs années, une vision stratégique qui allie le respect de la légitimité juridique par un travail professionnel avec les agences des Nations Unies, le sens diplomatique par l’obtention de reconnaissances dans le cadre des relations bilatérales, que ce soit avec les membres permanents du Conseil de sécurité, dont les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, ou les pays européens comme l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne et d’autres, ou les pays africains, dont certains gravitaient autour de l’axe algéro-sud-africain, et un réalisme serein par un discours rationnel envers l’Algérie et l’insistance sur une politique de coopération.
Le changement d’approche juridique et politique des Nations Unies…
Il convient de rappeler que depuis l’accord de cessez-le-feu et la création de la MINURSO en 1991, l’objectif affiché dans les rapports de l’ONU et la littérature populaire était d’organiser un référendum sur l’autodétermination du territoire. Cependant, cette option s’est heurtée à des difficultés pratiques et à des désaccords internes qui l’ont rendue irréalisable sur les plans pratique et juridique. Depuis lors, les rapports du Secrétaire général de l’ONU et les résolutions du Conseil de sécurité sont restés inchangés, y compris ceux publiés après 2007, qui se contentaient de constater que l’ONU avait pris note de la proposition marocaine d’autonomie comme base de négociation entre les parties. Or, le changement majeur inscrit dans la résolution 2797 est l’abandon définitif de l’approche référendaire, remplacé par une nouvelle vision de l’ONU qui considère l’autodétermination comme réalisable dans le cadre de la souveraineté nationale, grâce à un modèle d’autonomie avancé garantissant la représentation de la population et respectant les spécificités locales.
Du point de vue du droit international, la résolution reflète l’évolution même du concept d’autodétermination. Alors que, dans les médias et le discours politique, il signifiait autrefois sécession ou indépendance, il englobe aujourd’hui également la participation démocratique au sein de l’État d’origine. Ce changement représente une victoire pour le Maroc sur la scène juridique internationale, car il est parvenu à convaincre le Conseil de sécurité (instance internationale de légitimité) que son projet d’autonomie ne contrevient pas à la Charte des Nations Unies, mais l’incarne au contraire dans sa forme moderne : l’autodétermination par l’autonomie, et non par la sécession.
Les acquis du Maroc : de la reconnaissance de facto à la légitimité juridique
La résolution 2797 garantit de nouveaux acquis au Maroc à trois niveaux interdépendants. Sur le plan juridique, elle affirme qu’« une véritable autonomie sous souveraineté marocaine est la solution la plus viable », une formulation qui lie la solution finale au principe de souveraineté. Cela signifie que la communauté internationale ne considère plus le Maroc comme une « puissance occupante », mais comme un État souverain légitime exerçant son droit au maintien de son intégrité territoriale. Sur le plan politique, la résolution reconnaît implicitement l’échec de l’option séparatiste, puisqu’elle ne mentionne pas de référendum et appelle les parties à négocier « sans conditions préalables » sur la base de la proposition d’autonomie marocaine, seule option viable. Ainsi, les Nations Unies – dont les deux tiers des membres considèrent l’initiative d’autonomie comme le seul cadre possible pour résoudre ce conflit – ont de facto fermé la porte à la position du Front Polisario et placé l’Algérie au rang de partie au conflit, après des décennies de tentatives pour se soustraire à sa responsabilité directe. Sur le plan diplomatique, la résolution a été adoptée à une confortable majorité au Conseil de sécurité, avec le soutien des grandes puissances, notamment les États-Unis et la France, et la neutralité positive de la Chine et de la Russie. Ce succès témoigne de la capacité de la diplomatie marocaine à bâtir des alliances équilibrées et à présenter la question dans son véritable contexte : un enjeu de stabilité régionale, et non un différend territorial.
La leçon éthique et pratique de l’approche royale et de l’établissement de la théorie de la « zone forte »
Le discours du Roi du Maroc , vendredi, suite à l’adoption de la résolution, revêtait une profonde portée morale. Il allait bien au-delà du simple partage de la satisfaction du peuple marocain quant au contenu de la dernière résolution du Conseil de sécurité. Ce discours recelait également un enseignement éthique fondamental sur la gestion des conflits régionaux, dépassant toute logique de domination ou de triomphe politique. Lorsque Sa Majesté le Roi a déclaré : « Le Maroc demeure attaché à la recherche d’une solution où il n’y ait ni vainqueur ni vaincu, une solution qui préserve la dignité de toutes les parties », il posait les fondements d’une vision éthique fondée sur la dignité de chacun et rejetant la logique du vainqueur et du vaincu dans les conflits.
Cette déclaration transcende le contexte diplomatique pour s’inscrire dans une perspective stratégique et civilisationnelle qui redéfinit le pouvoir non comme la capacité d’assujettir, mais comme la capacité d’inclure, de pardonner et d’élever moralement.
Ainsi, ce discours se présente comme un plaidoyer pour la construction d’une région forte, plutôt que comme une lutte pour le leadership régional, source de tensions et d’hostilité. En proposant à l’Algérie un dialogue sincère et un partenariat équilibré, le Maroc appelle clairement à un changement nécessaire, passant d’une lutte d’influence à une coopération pour le développement et la stabilité. Cet appel n’est pas une simple initiative politique, mais bien le fondement théorique de ce que l’on pourrait appeler un « réalisme moral » dans les relations régionales. Dans ce cadre, l’influence ne se mesure pas à la capacité d’un État à imposer sa volonté, mais à sa capacité à instaurer la confiance, à investir dans des intérêts communs et à bâtir un avenir collectif sûr.
L’emploi répété de termes tels que « stabilité, confiance, fraternité, coopération, intégration et dialogue », ainsi que l’insistance à tendre la main à l’Algérie, témoignent d’une volonté manifeste d’abandonner le discours hostile au profit d’un projet de « région forte », fondé sur des intérêts partagés et le respect de la dignité de chacun. Il s’agit là d’une nouvelle vision de la sécurité régionale qui transcende la logique de supériorité pour s’orienter vers une logique d’émancipation collective. Cette dernière ne peut être atteinte que par la poursuite de la construction de l’Union du Maghreb Arabe, comme l’a appelé Sa Majesté le Roi.
Le Roi s’est également adressé aux résidents des camps de Tindouf en les appelant « nos frères ». L’emploi du terme « frères » incarne la vision de réconciliation adoptée par la vision royale, où l’inimitié et la vengeance n’ont pas leur place. Il s’agit plutôt d’un appel à leur retour, à leur participation à la construction de la nation et à « saisir cette occasion historique de retrouver leurs familles ». Cet appel, empreint d’un sentiment national profond, transcende les circonstances et évoque le symbolisme du retour à la terre, à l’identité et au destin commun. Il s’inscrit également dans une logique politique profonde : l’autonomie n’est pas une concession, mais un cadre participatif global qui permet à ces frères d’être acteurs de leur propre destin au sein de la souveraineté nationale. Vient ensuite cette phrase décisive : « Il n’y a aucune différence entre ceux qui reviennent des camps de Tindouf et leurs frères restés au pays », incarnant ainsi l’essence même de la justice nationale telle que le Roi la conçoit, une justice fondée sur l’appartenance partagée et l’égalité des citoyens, et garantie par le Roi lui-même, « garant des droits et libertés des citoyens ».
Perspectives post-résolution : Un leadership régional et une cohésion nationale
La résolution 2797 ouvre un nouveau chapitre, non seulement pour la résolution du conflit du Sahara, mais aussi, du point de vue des relations internationales, comme une étape significative vers la refonte de l’ordre régional maghrébin, fondée sur la coopération plutôt que sur la compétition, et sur une souveraineté partagée en matière de développement et de sécurité plutôt que sur des conflits obsolètes.
Elle réaffirme également le rôle du Maroc comme force stabilisatrice et médiateur régional fiable, capable de concilier légitimité historique et pragmatisme politique.
Ainsi, le Maroc a remporté un double pari : celui de la légitimité juridique internationale et celui de la moralité politique, démontrant que la justice ne s’impose pas par la force, mais se construit par la sagesse, la légitimité et une patience stratégique. Par ailleurs, la victoire décisive remportée par notre pays ne doit pas être perçue comme la simple conclusion d’un processus diplomatique, mais comme le début d’une nouvelle phase de consolidation du front intérieur par l’approfondissement des réformes démocratiques et le renforcement du système des droits de l’Homme. Les avancées stratégiques obtenues par le Maroc dans la défense de son Sahara exigent de les traduire par un engagement national renouvelé en faveur de réformes politiques et institutionnelles qui restaurent la confiance dans les mécanismes représentatifs et consacrent le principe de responsabilité. Par ailleurs, la mise en œuvre effective et progressive d’une régionalisation avancée dans toutes les régions du Royaume doit être accélérée, car elle est une condition préalable au soutien du projet d’autonomie dans les provinces du Sud et à l’établissement d’un modèle marocain unique de consolidation de l’unité nationale par la démocratie territoriale et un développement équilibré.
Le défi n’est plus seulement diplomatique, mais fondamentalement développemental et démocratique, faisant de l’intégrité territoriale un levier pour reconstruire la confiance entre l’État et la société sur les fondements de la participation et de la justice territoriale.