Rabat. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a approuvé sa nouvelle Stratégie de transition vers une économie verte (GET) pour la période 2026-2030, avec l’objectif de mobiliser au moins 150 milliards d’euros d’investissements climatiques dans les pays où elle opère. Dans cette feuille de route, le Maroc apparaît comme l’un des partenaires clés de la transition énergétique dans la région sud et est de la Méditerranée.
L’institution financière entend accélérer les investissements verts en combinant ses propres financements et des capitaux privés, afin de soutenir la transformation énergétique, industrielle et financière des économies partenaires. Cette enveloppe représente une progression d’environ un tiers par rapport aux financements mobilisés entre 2021 et 2025.
Un partenaire stratégique pour la transition énergétique
Dans le document stratégique de la BERD, le Maroc est présenté comme un pays ayant déjà démontré un niveau avancé d’engagement climatique.
Le Royaume a notamment soumis aux instances internationales sa Contribution déterminée au niveau national (NDC), sa Stratégie à long terme pour la neutralité carbone (LTS) ainsi que son Plan national d’adaptation (NAP) dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.
Ces engagements s’inscrivent dans une vision nationale visant à réduire progressivement les émissions de carbone à travers plusieurs axes :
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développement de l’hydrogène vert,
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décarbonation des industries,
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modernisation du transport multimodal,
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promotion de l’économie circulaire,
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transformation durable des systèmes agroalimentaires.
Le Maroc, terrain d’expansion pour la finance verte
La BERD souligne également le potentiel du Maroc sur le plan financier. Le pays est identifié comme un marché capable d’émettre davantage d’obligations vertes, sociales et de durabilité, des instruments destinés à financer des projets à impact environnemental ou social.
Plusieurs émissions de ce type ont déjà été réalisées en partenariat avec des institutions financières internationales, contribuant à structurer un écosystème de finance durable sur les marchés marocains.
L’institution met aussi en avant les initiatives marocaines en matière de tarification carbone et de participation aux mécanismes de l’article 6 de l’Accord de Paris, qui permettent l’échange international de crédits carbone.
Le défi du mécanisme carbone européen
La stratégie de la BERD évoque également le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) mis en place par l’Union européenne.
Pour un partenaire commercial important comme le Maroc, notamment dans certains secteurs industriels à forte intensité énergétique, ce mécanisme pourrait peser sur les exportations vers l’Europe. Mais la banque estime que cette contrainte pourrait aussi accélérer la modernisation et la décarbonation des industries marocaines, renforçant leur compétitivité à long terme.
Six secteurs clés pour la transition
La stratégie climatique de la BERD cible six grands systèmes économiques pour accélérer la transition verte :
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Énergie : tripler la capacité renouvelable financée par la banque d’ici 2030, avec environ 35 gigawatts supplémentaires.
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Industrie : développer des trajectoires bas-carbone couvrant 40 millions de tonnes supplémentaires d’émissions.
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Agroalimentaire : déployer une trentaine de stratégies nationales ou sectorielles de transition verte.
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Transport : doubler les investissements pour soutenir des infrastructures durables.
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Villes : soutenir 40 stratégies urbaines de transition écologique.
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Secteur financier : tripler la part des banques partenaires dotées de plans climatiques.
Une transition pensée comme levier économique
La nouvelle stratégie marque une évolution dans l’approche de la BERD : la transition écologique n’est plus considérée uniquement comme une politique environnementale, mais comme un moteur de compétitivité économique et de résilience face aux chocs climatiques et énergétiques.
Depuis 2006, la BERD a déjà investi plus de 75 milliards d’euros dans des projets verts. En 2025, plus de la moitié de ses financements annuels étaient consacrés à des initiatives liées à la transition écologique.
Dans ce paysage, le Maroc apparaît désormais comme l’un des laboratoires régionaux de la transformation énergétique, à la croisée des enjeux climatiques, industriels et financiers.