>

Insulte au Parlement : l’expression qui ébranle l’image du débat parlementaire

03 décembre 2025 - 11:00

Une phrase lâchée en darija — « الموسخ لي ولدك » (« celui qui t’a mal élevé / qui t’a sali dans ton éducation ») — a suffi pour faire basculer un échange politique dans une polémique nationale. L’incident questionne la tenue du langage au sein des institutions et la limite entre emportement personnel et responsabilité publique.

La controverse oppose le ministre de la Justice Abdellatif Ouahbi au député Abdessamad Haïker, après un affrontement verbal intervenu en marge d’une séance de questions orales. Selon plusieurs témoignages, l’échange a eu lieu après la suspension de séance, dans un espace proche de l’hémicycle, devant quelques parlementaires.

Très vite, l’incident a quitté les murs du Parlement pour circuler sur les réseaux sociaux. Des responsables du Parti de la justice et du développement ont dénoncé une atteinte à la dignité de leur collègue et mis en cause la conduite du ministre. Abdelali Hamieddine a demandé son départ du gouvernement, estimant que la parole d’un membre de l’Exécutif engage la crédibilité de l’ensemble de l’appareil d’État.

Des éléments d’apaisement sont intervenus par la suite. Le ministre aurait présenté ses excuses devant plusieurs témoins, avant d’échanger une poignée de main avec le parlementaire concerné. Cette médiation informelle aurait été facilitée par Abdellah Bouanou. Le lendemain, le ministre a également fait part de ses regrets lors d’une séance publique. Malgré cela, l’entourage du député souligne que la blessure demeure vive, l’expression ayant touché à la filiation, domaine particulièrement sensible dans la société marocaine.

L’affaire révèle un malaise plus large. Le débat parlementaire évolue sous une exposition constante, dans un climat de surenchère verbale entretenu par la viralité numérique. Chaque mot devient un fragment d’image publique, chaque écart une trace persistante. Certains y verront une dérive inévitable de la politique moderne. D’autres rappelleront que les institutions vivent ou s’affaiblissent par le soin accordé au langage.

 La séquence invite à une réflexion de fond sur la dignité de la parole politique. Gouverner commence aussi par mesurer ses mots. Une phrase mal lancée suffit à fissurer la confiance. Une parole assumée et réparatrice peut encore, parfois, en restaurer une part.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *