Les Nations Unies ont annoncé leur soutien continu à Abdel Hamid Dabaiba en tant que Premier ministre de la Libye, suite à la nomination de la Chambre des représentants à Tobrouk, de Fathi Bashagha, en tant que nouveau Premier ministre. Mais la conseillère de l’ONU, Stéphanie Williams, est revenue pour faire des déclarations ambiguës, reflétant la situation difficile dans laquelle l’organisation internationale est tombée après le retour de la division dans le pays.
Williams organise des réunions en Libye, avec les acteurs les plus en vue du dossier libyen, menés par Dabaiba et Bashagha, en plus d’Aqila Saleh, président de la Chambre des représentants à Tobrouk, et de Khaled Al-Mashri, président du Haut Conseil d’État, dans le but de définir une position internationale au sujet des nouveaux développements.
En plus, la poursuite de la division interne en Libye se reflète dans les positions des pays concernés par ce dossier, ce qui compliquera la tâche des Nations unies et rendra difficile pour le Conseil de sécurité de l’ONU une prise de position unifiée face à cette crise. L’ambiguïté qui prévaut dans la situation interne en Libye fait que de nombreux pays attendent que la situation soit claire, avant de prendre une position définitive, ce qui pousse les Nations Unies à faire des déclarations générales et vagues.
Le porte-parole des Nations Unies, Stéphane Dujarric, a répondu lors de sa conférence de presse quotidienne si les Nations Unies reconnaissaient toujours Dabaiba comme Premier ministre, en disant : « Oui, en bref, oui ». Et c’était le même jour que la Chambre des représentants de Tobrouk nommait Fathi Bashagha au poste de Premier ministre le 10 février, ce que les partisans de Dabaiba considéraient comme une preuve de la légitimité du gouvernement d’union, et que la communauté internationale le soutenait toujours, et que tout nouveau gouvernement ne connaîtra que le sort du gouvernement intérimaire et du gouvernement de sauvetage, qui n’étaient pas reconnus par la communauté internationale.
Un jour après cette déclaration, une déclaration a été publiée attribuée au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, sans prise de position claire sur la nomination d’un nouveau Premier ministre par la Chambre des représentants, mais appelant plutôt « toutes les parties et institutions à continuer de veiller à ce que ces décisions critiques sont prises de manière transparente et consensuelle. C’est un appel qui laissait entendre que le processus d’amendement de la Chambre des représentants de la déclaration constitutionnelle, en consultation avec le Conseil d’État, n’était ni transparent ni consensuel.
Le 13 février, la responsable des Nations Unies a publié deux déclarations, les premières du genre depuis la nomination du nouveau Premier ministre, après sa rencontre avec Dabaiba elle a souligné l’importance de tous les acteurs et institutions travaillant au sein de le cadre politique, appelant avant tout à préserver le calme sur le terrain.»
Lors de sa rencontre avec Bashagha, elle a souligné la nécessité « d’avancer de manière transparente et consensuelle sans aucune exclusion… et de maintenir la stabilité à Tripoli et dans tout le pays, et de continuer à se concentrer sur la tenue libre, des élections nationales équitables et inclusives dès que possible. Les partisans de Bashagha considéraient le mot « aller de l’avant » comme une correction aux déclarations de Dujarric et une invitation à Bashagha à poursuivre les consultations pour former son gouvernement.
Pour sa part, Williams a implicitement critiqué la manière d’amender la déclaration constitutionnelle et de choisir le nouveau Premier ministre, lorsqu’elle a parlé de transparence, de consensus et de non-exclusion.
Lors de sa rencontre avec Saleh, la conseillère spéciale du Secrétaire général, Stéphanie Williams, a déclaré : « Le président de la Chambre des représentants m’a informé du mécanisme que la Chambre suivra pour accorder la confiance au nouveau gouvernement, conformément aux procédures qui ont été mises en œuvre lors du vote de confiance de mars 2021. » Elle ne s’est pas prononcée clairement sur le briefing que lui a fait Aqila Saleh, pour tenter de maintenir les distances entre les différentes parties.
Williams en est encore au stade de la clarification de la situation pour présenter son rapport au Conseil de sécurité, sans que cela l’empêche de renouveler l’appel aux partis politiques à éviter le recours à la violence pour ne pas faire échouer le processus politique, et de rappeler la nécessité de tenir des élections au plus tôt, ce qui fait que Dabaiba qui envisage d’organiser un référendum sur la constitution et des élections en juin prochain, est le plus proche de la vision internationale.
L’ambiguïté de l’ONU quant à savoir qui a une reconnaissance internationale, qui est cruciale pour déterminer la partie la plus forte dans ce conflit, est principalement due au fait qu’elle ne veut pas prendre partie afin de maintenir son rôle de neutre médiateur, et aussi parce qu’elle est sous la pression de plusieurs parties pour prendre parti pour l’un ou pour l’autre.
Si l’Égypte a été le premier pays à annoncer son soutien à la nomination de Bashagha à la tête du nouveau gouvernement, la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité, a attendu plusieurs jours avant de confirmer, elle aussi, son soutien au consensus entre la Chambre des représentants et le Conseil d’état. On s’attend à ce que la France, également membre permanent du Conseil de sécurité, rejoigne la Russie et l’Égypte, d’autant plus qu’elle est le soutien occidental le plus en vue de Haftar et qu’elle entretient de bonnes relations avec Bashagha.
Les États-Unis d’Amérique n’ont pas encore fait connaître leur position, alors qu’ils avaient auparavant mis en garde par l’intermédiaire de son émissaire en Libye et de son ambassadeur, Richard Norland, fin janvier dernier, contre le « fait de détourner l’attention du processus électoral » et essayer de former un nouveau gouvernement, car l’affaire peut se terminer par la création d’ un « gouvernement parallèle ».
La vision britannique est conforme à la position américaine, puisque l’ambassade britannique à Tripoli a souligné qu’elle continuera à reconnaître le gouvernement d’union nationale comme une autorité chargée de conduire la Libye aux élections, et qu’elle ne soutient pas « la mise en place de gouvernements parallèles.