L’ancien exilé de l’USFP, ex-condamné à mort, et membre de l’Instance Equité et Réconciliation, Mbarek Bouderka nous résume le parcours exceptionnel de feu Mehdi Ben Barka un moment de nostalgie, mais aussi un moment pour se souvenir d’un homme brillant qui a marqué de son empreinte l’histoire du Maroc.
« Premièrement il faut connaître c’est qui Mehdi Ben Barka, c’est un enfant d’une famille modeste de Rabat. Pendant la période du protectorat, un enfant dans chaque famille accédait à la scolarité, et dans la famille Ben Barka c’était son frère qu’on avait choisi. » Affirme notre interlocuteur.
Mais Mehdi Benbakra, passait ses journées à côté de la fenêtre de la salle de classe pour écouter les explications des professeurs, le directeur qui le voyait toujours, a demandé aux professeurs de lui permettre d’assister au cours, depuis le fond de la classe, au lieu de rester dehors dans le froid et sous la pluie.
Rapidement, il est devenu le meilleur, car il était très intelligent. Au lycée il s’est montré très doué en mathématiques, à tel point qu’un de ses camarades français, avait dit que depuis l’arrivée de Ben Bakra il était toujours le meilleur, en assurant que si lui avait besoin de 4 pages pour résoudre une équation, Ben Bakra nécessitait seulement une page.
Évidemment, Ben Barka était excellent dans toutes les matières, il a décroché son baccalauréat, au lycée Moulay Youssef comme majeur de promotion.
« Normalement il aurait dû poursuivre ses études en France, mais avec le début de la Seconde Guerre mondiale il a été envoyé en Algérie, pendant son séjour, il faisait des voyages aller-retour Alger / Fès pour assister aux réunions du mouvement national malgré son jeune âge. » Affirme Mbarek Bouderka.
En 1943, il est revenu au Maroc, où il est devenu professeur de mathématiques au lycée Royal, le défunt Roi Hassan 2, a reconnu que c’est grâce à Ben Barka qu’il s’est amélioré en Mathématiques.
Mehdi Ben Barka, a toujours accordé une grande importance à la scolarisation des filles, en 1943, il a envoyé une lettre au Roi Mohammed Cinq pour lui demander de permettre la scolarisation des filles, avec un programme d’études détaillé.
En 1944, il a été parmi les leaders du mouvement national à signer le manifeste de l’indépendance, Abderrahman Youssoufi, raconte, qu’en 1944, il y avait les élections des anciens du lycée Moulay Youssef, ou Ben Barka a été élu avec une grande majorité, et il a ensuite recruté des jeunes parmi lesquels était Abderrahman Youssoufi.
Le 29 janvier 1944, il y a eu des manifestations de soutien au manifeste de l’indépendance, un groupe d’élèves avec à sa tête Abderrahman Youssoufi, avait participé aux manifestations, mais ensuite en leur a pas permis de rentrer au lycée.
Eux qui n’étaient pas originaire de Rabat, se sont dirigés vers la mosquée Assounna, Mehdi Ben Barka est vite intervenu pour loger les élèves, ce qui prouve l’importance qui leur accordait.
Après la signature du manifeste de l’Independence, Ben Barka s’est engagé dans la lutte contre l’analphabétisme, avec sa bicyclette il parcourait les rues, Karim Ghellab a dit qu’il était facile de la reconnaitre car elle était toujours mal positionnée tellement il était occupé.
En 1951, le résident général a exilé Mehdi Ben Barka dans la région de Tafilalet, pour essayer de limiter son champ d’action, mais ce dernier a continué son travail de sensibilisation. En plus, Ben Barka a profité du fait que l’officier qui le surveillait l’emmenait pour donner des cours à sa fille qui allait passer son baccalauréat, pour rapporter des nouvelles.
Mehdi Ben Barka est aussi un grand militant des droits de l’homme, il a représenté le Maroc avec Abderrahim Bouabid, lors des travaux préparatoires de la déclaration universelle des droits de l’homme, où ils ont défendu l’indépendance du Maroc.
En plus, en 1965, il avait participé à un congrès mondial au Japon contre les armes nucléaires, et avait toujours soutenu les mouvements de libération.
Mehdi Ben Barka, était aussi un grand visionnaire. En effet, en 1957, il mettait déjà l’accent sur l’importance de la recherche scientifique : « sans la recherche scientifique, il est impossible de se développer, le pays qui n’a pas de chercheurs et d’experts, sera réduit à l’esclavage. »
« Mehdi Ben Barka a été souvent pressenti pour le poste de ministre de l’Éducation, mais il n’a jamais eu le poste pour des raisons de querelles politiques futiles. » Conclut Mbarek Bouderka.