Le Front Polisario n’est plus seulement un dossier de décolonisation qui traîne depuis cinquante ans. À Londres, plusieurs voix sécuritaires et politiques affirment que ce mouvement est désormais un levier opérationnel de l’axe Téhéran-Hezbollah en Afrique du Nord. C’est la conclusion de Robert Clark, ancien officier de l’armée britannique et chercheur à l’Institut Yorktown, qui appelle son pays à classer le Polisario comme organisation terroriste.
Pour Clark, l’image d’un Polisario « mouvement de libération » a vécu. Selon lui, l’Iran lui fournit des armes sophistiquées, notamment des missiles et roquettes déjà utilisés contre des positions marocaines. Il ajoute que ces tirs ont même visé des zones proches de la MINURSO, la mission onusienne au Sahara.
Cette analyse rejoint celle de Liam Fox, parlementaire conservateur et ancien ministre de la Défense, qui réclame depuis des mois l’inclusion du Polisario dans la liste noire britannique, aux côtés du Hezbollah qu’il considère comme son parrain idéologique et logistique. L’objectif de Téhéran, souligne Clark, est d’installer en Afrique du Nord la même stratégie de milices armées qu’au Moyen-Orient : cellules difficiles à traquer, relais régionaux, et nuisance géopolitique contre ses adversaires occidentaux.
Le Royaume-Uni a récemment qualifié le plan marocain d’autonomie de « solution crédible et pragmatique » au conflit. Un appui diplomatique qui, selon Clark, doit s’accompagner d’une ligne ferme face aux menaces qui pèsent sur la stabilité régionale et européenne. Il rappelle que Washington étudie déjà l’option de désigner le Polisario comme groupe terroriste, et estime que Londres ne peut rester à la traîne.
La conjoncture renforce ces mises en garde. Affaibli après ses frappes réciproques avec Israël, l’Iran pourrait mobiliser ses alliés du Maghreb, Algérie et Polisario en tête, pour ouvrir de nouveaux fronts et alléger la pression militaire au Levant. Une tactique classique de diversion par « proxy » qui inquiète la Défense britannique.
Pour Clark, l’équation est simple : plus le Polisario dépend de l’Iran, plus il devient un acteur armé déstabilisateur, loin de sa légende originelle. Et plus les chancelleries occidentales tardent à reconnaître cette mutation, plus elles courent le risque de voir un nouveau foyer de terrorisme émerger aux portes de l’Europe.