Agadir s’apprête à devenir un laboratoire d’ingénierie durable avec le lancement d’un ambitieux projet hispano-marocain mêlant dessalement de l’eau de mer et énergie renouvelable. Le groupe espagnol Cox a annoncé une enveloppe de 250 millions d’euros pour agrandir la station de dessalement existante et construire un parc éolien de 150 mégawatts destiné à l’alimenter. L’accord, signé avec le ministère marocain de l’Agriculture, prévoit une augmentation de la capacité journalière de l’usine de 275 000 à 400 000 mètres cubes. Sur ce volume, 150 000 mètres cubes seront dédiés à l’eau potable, profitant à près de deux millions de Marocains, tandis que les 250 000 restants seront affectés à l’irrigation de plus de 13 000 hectares de terres agricoles dans une région durement frappée par la sécheresse.
Le modèle adopté, baptisé « Energy Follows Water », s’inscrit dans une approche intégrée où l’eau et l’énergie sont conçues comme deux volets d’une même politique de résilience. Le parc éolien, dont l’entrée en service est prévue pour 2027, alimentera directement la station, réduisant la dépendance aux énergies fossiles et renforçant la sécurité énergétique du dispositif. Pour Enrique Riquelme, président exécutif de Cox, cette initiative incarne la stratégie d’expansion du groupe dans le secteur de l’eau et de l’énergie au Maroc, un pays qui s’impose de plus en plus comme hub régional de solutions climatiques. L’entreprise espagnole ambitionne d’atteindre, à moyen terme, une capacité de gestion de deux millions de mètres cubes d’eau par jour à l’échelle africaine.
Ce projet s’inscrit dans une dynamique de coopération stratégique renforcée entre Rabat et Madrid, notamment depuis le réalignement diplomatique de 2022. La récente alliance entre Cox et AMEA Power, acteur majeur des renouvelables basé à Dubaï, ouvre de nouvelles perspectives pour l’exportation de ce modèle hybride vers d’autres pays africains en quête d’adaptations face aux changements climatiques. Alors que le stress hydrique devient une donnée structurelle pour le Maroc, ce type d’infrastructure symbolise un changement d’échelle dans la réponse nationale, associant efficacité technologique, partenariat international et développement territorial. À Agadir, ce n’est plus seulement de l’eau que l’on produit : c’est un nouvel équilibre entre durabilité, souveraineté et innovation.