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Sijilmassa dévoile ses secrets : la redécouverte d’un centre islamique majeur

01 août 2025 - 13:27

Un projet de fouilles mené par des chercheurs marocains révèle l’ampleur oubliée de la mosquée centrale de Sijilmassa et identifie, pour la première fois, l’emplacement exact de la mythique maison de frappe. Une réécriture possible de l’histoire économique et spirituelle du Maghreb.

Un chantier archéologique sans précédent, conduit par l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP), vient de livrer ses premiers résultats sur le site de Sijilmassa, ancienne métropole caravanière au cœur du Tafilalet. Pour les chercheurs, c’est une véritable révolution : la superficie réelle de la mosquée dite « intermédiaire » est six fois plus vaste que celle estimée jusqu’ici par les campagnes étrangères. Étendue sur plus de 2600 mètres carrés, elle aurait pu accueillir jusqu’à 2600 fidèles, bien avant l’émergence d’autres hauts lieux de culte comme la mosquée Al Quaraouiyine de Fès.

Sous la direction de la docteure Asmaa El Qasimi, l’équipe a mis au jour non seulement des structures religieuses d’une ampleur inédite, mais aussi les vestiges matériels de la première dar as-sikka attestée sur le site. La découverte d’un moule en céramique contenant des résidus d’or confirme que la cité frappait elle-même son célèbre dinar sijlmassien. C’est une preuve tangible du rôle commercial stratégique que jouait la ville dans les échanges transsahariens, longtemps évoqué mais jamais étayé par des preuves physiques aussi précises.

L’étude du terrain a également révélé un quartier résidentiel parfaitement organisé, datant probablement des XVIIe et XVIIIe siècles. Une douzaine de maisons, construites sur les vestiges de l’ancien patio de la mosquée, présentent un agencement réfléchi avec pièces de vie, réserves, patios et même traces de cultures domestiques. Selon les archéologues, cet urbanisme démontre un haut degré de rationalité dans l’organisation sociale et l’adaptation aux contraintes climatiques locales.

Ce programme, unique en son genre depuis l’indépendance, a mobilisé des technologies de pointe : drones, modélisations 3D et stratigraphie numérique ont permis d’explorer les couches enfouies de la ville sur plus de 8000 mètres carrés. Une première dans l’histoire de l’archéologie marocaine, marquant une étape décisive vers une approche scientifique autonome et innovante du patrimoine national.

Pour les responsables du projet, les résultats complets attendus dans les mois à venir pourraient remettre en question plusieurs certitudes sur la chronologie de l’expansion islamique dans la région, mais aussi sur l’originalité du modèle économique saharien. L’État marocain semble vouloir accompagner cette dynamique avec une meilleure valorisation du site, qui pourrait devenir une nouvelle référence dans la mémoire collective maghrébine et africaine.

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