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Trump s’invite en médiateur : vers une rencontre incertaine entre Poutine et Zelensky

19 août 2025 - 12:13

La perspective d’un sommet direct entre les présidents russe et ukrainien, suggérée depuis Washington, suscite autant d’espoirs que de doutes. Faut-il y voir l’amorce d’un compromis historique ou une mise en scène de plus dans la diplomatie de guerre ?

Trois ans après l’invasion russe, l’annonce a pris de court la plupart des chancelleries : Donald Trump, redevenu président, affirme avoir obtenu l’accord de Vladimir Poutine et de Volodymyr Zelensky pour s’asseoir autour d’une même table dans les prochaines semaines. Cette perspective, inimaginable il y a quelques mois encore, relance le débat sur la possibilité d’un règlement politique du conflit.

La démarche s’inscrit dans une séquence où Washington tente de reprendre l’initiative diplomatique. Selon des indiscrétions, c’est à Anchorage, en Alaska, que Trump et Poutine auraient esquissé les bases d’un dialogue, avant que le président ukrainien et plusieurs responsables européens ne soient reçus à la Maison-Blanche. Fidèle à son style, Trump a ensuite utilisé Truth Social pour annoncer qu’il avait décroché son téléphone et « organisé le sommet ».

À Kiev, Zelensky a confirmé son accord, tout en rappelant que son pays ne saurait transiger sur l’intégrité territoriale. À Moscou, le Kremlin laisse entendre que Poutine pourrait jouer la carte du dialogue, à condition que ses exigences soient prises en compte. Parmi elles : la reconnaissance du contrôle russe sur la Crimée, des garanties contre l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, et une consolidation des gains militaires dans le Donbass.

Ces hypothèses divisent. Pour de nombreux observateurs européens, exiger de Kiev une concession territoriale reviendrait à institutionnaliser l’agression. Le chancelier allemand Friedrich Merz a résumé cette inquiétude : « On ne demande pas à un État de renoncer à un morceau de sa souveraineté comme on échange un gage ». Emmanuel Macron a, lui, rappelé qu’aucune paix durable n’était envisageable sans un dispositif de défense ukrainien crédible.

Les États-Unis, de leur côté, explorent une formule de “garanties hybrides” : un plan prévoyant des livraisons d’armes massives, financées par l’Europe, en échange d’un cessez-le-feu et d’engagements politiques. Le Financial Times évoque un projet d’achat de matériel militaire américain pour 100 milliards de dollars, supporté par les Européens.

Dans cette équation, chaque acteur poursuit ses propres objectifs. Trump cherche un succès rapide sur le front international, Poutine veut capitaliser diplomatiquement sur ses gains militaires, et Zelensky tente de préserver une souveraineté menacée sans s’aliéner ses alliés.

L’éventuel sommet apparaît donc comme une étape fragile, suspendue entre promesse et piège. Si l’histoire récente enseigne quelque chose, c’est que les gestes spectaculaires peuvent accoucher d’accords éphémères. Mais face à l’usure de la guerre, la moindre ouverture suscite l’attente d’une issue que les armes, jusqu’ici, ont refusée.

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