Le Département d’État américain a rappelé cette semaine, à travers une campagne visuelle publiée en arabe, que le Maroc fut le premier pays à reconnaître l’indépendance des États-Unis en 1777. Plus de deux siècles plus tard, ce geste fondateur continue de façonner une relation bilatérale devenue l’une des plus anciennes et des plus solides de la diplomatie américaine.
L’illustration partagée sur X, où se croisent la Statue de la Liberté et l’architecture marocaine, traduit une intention diplomatique claire : rappeler la profondeur historique du lien bilatéral. Elle réactive une mémoire historique qui remonte à la décision du sultan Mohammed III d’ouvrir ses ports aux navires américains, établissant ainsi un contact officiel avant même que d’autres puissances européennes ne franchissent le pas. Ce choix audacieux marquait à la fois la clairvoyance stratégique d’un souverain et la naissance d’une diplomatie maroco-américaine appelée à durer.
Quelques années plus tard, en 1786, la signature du Traité de paix et d’amitié de Marrakech scellait ce rapprochement. Ratifié par le Congrès américain en 1787, ce texte reste à ce jour le plus ancien traité encore en vigueur dans l’histoire diplomatique des États-Unis. Au-delà du symbole, il a institué un cadre juridique et politique qui perdure, confirmant l’inscription du Maroc parmi les partenaires les plus constants de Washington.
La campagne de communication américaine ne se limite pas à un rappel historique. Elle met en scène les multiples dimensions d’une coopération qui s’est densifiée au fil des décennies : échanges commerciaux qui dépassent désormais 7 milliards de dollars, investissements américains faisant des États-Unis l’un des cinq premiers partenaires économiques du royaume, ou encore partenariat sécuritaire matérialisé par des manœuvres militaires conjointes et une coordination dans la lutte contre le terrorisme. Loin d’un simple héritage, la relation maroco-américaine s’actualise chaque jour dans des domaines stratégiques.
La symbolique de 1777 prend ainsi une résonance particulière à l’heure où la géopolitique mondiale se fragmente. Alors que Washington cherche à consolider ses alliances en Afrique et au Moyen-Orient, rappeler le rôle pionnier du Maroc revient à souligner que la confiance n’est pas une donnée récente, mais le résultat d’une continuité historique. De leur côté, les autorités marocaines trouvent dans ce rappel une confirmation de la place singulière du Royaume dans l’architecture internationale : à la croisée de l’Europe, de l’Afrique et du monde arabe, Rabat capitalise sur une relation qui s’enracine dans le temps.
Ce lien séculaire ne se réduit pas à une simple rhétorique de commémoration. Il traduit une vision de la diplomatie où les partenariats se bâtissent sur la durée et se renouvellent en fonction des enjeux contemporains. L’accord de libre-échange, en vigueur depuis 2006, a stimulé la diversification des échanges, tandis que la coopération militaire illustre une convergence stratégique sur des questions aussi sensibles que la sécurité régionale et la lutte contre le terrorisme transnational. Dans un contexte de rivalités accrues entre grandes puissances, ce socle bilatéral conserve une stabilité rare.
Cependant, il serait réducteur de considérer cette relation comme un acquis immuable. Elle repose sur des ajustements constants et sur la capacité des deux pays à inscrire leur partenariat dans des logiques gagnant-gagnant. L’économie marocaine attend des investissements à long terme, orientés vers l’industrie, les énergies renouvelables et les infrastructures. Les États-Unis, pour leur part, voient dans le Maroc un point d’ancrage stratégique pour leur politique africaine et méditerranéenne. Cette complémentarité fonctionne tant que les intérêts convergent et que la confiance demeure.
La communication du Département d’État, en rappelant la profondeur historique du lien, cherche également à contrer une perception récurrente : celle d’un engagement américain fluctuant ou intéressé. Mettre en avant l’ancienneté et la constance de la relation vise à montrer qu’il existe un fil conducteur qui dépasse les alternances politiques. Le Maroc, par sa fidélité diplomatique et sa stabilité interne, se prête à cette mise en récit, projetant l’image d’un allié fiable et respecté.
Plus qu’un souvenir figé, l’année 1777 symbolise donc une stratégie. Elle incarne l’idée que les relations internationales s’écrivent sur la longue durée et que les choix d’hier peuvent irriguer les coopérations d’aujourd’hui. À l’heure où l’ordre mondial se recompose, la relation maroco-américaine apparaît comme un exemple de continuité historique au service d’un partenariat moderne.
