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Maroc : un déficit budgétaire de 55 milliards de dirhams, l’alerte des économistes face au piège de la dette

25 août 2025 - 21:54

À fin juillet 2025, le déficit budgétaire marocain a atteint 55 milliards de dirhams. Une envolée qui alimente l’inquiétude des experts : les dépenses publiques progressent à un rythme plus soutenu que les recettes, accentuant la pression sur l’endettement et les équilibres macroéconomiques.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les charges de l’État ont bondi de 43,4 milliards de dirhams en quelques mois, alors que les recettes n’ont augmenté que de 28,7 milliards. Pour Abdelaziz Koukass, économiste interrogé par Sputnik, cette dynamique reflète une « spirale de dépenses » tirée par la hausse des salaires de la fonction publique (+10,7 milliards), l’augmentation des coûts des services (+14 milliards) et la charge croissante des intérêts de la dette intérieure (+5,7 milliards). À ses yeux, ces indicateurs traduisent un alourdissement préoccupant du fardeau de la dette publique.

Le constat soulève des questions sur la trajectoire budgétaire du Royaume. Si l’État choisit de recourir davantage à l’emprunt pour financer le déficit, la conséquence immédiate sera une pression accrue sur la liquidité bancaire et, à moyen terme, une montée des coûts de financement. Ce cercle vicieux, déjà observé dans d’autres économies émergentes, menace non seulement de freiner les projets d’investissement, mais aussi d’affecter la notation souveraine du Maroc sur les marchés financiers.

Le diagnostic de Said Ouhadi va dans le même sens : les dépenses ordinaires, en hausse de 25,1 milliards, et le poids des biens et services (+24,7 milliards) illustrent la tension croissante sur les finances publiques, malgré un allègement partiel grâce au recul des charges de compensation (-4,5 milliards). Ce paradoxe, selon lui, reflète « une fragilité structurelle » : même en présence d’un excédent primaire de 12,9 milliards, le service de la dette continue d’éroder la marge de manœuvre budgétaire.

Pour autant, certains facteurs apportent un répit. La reprise du tourisme et les flux d’investissements étrangers constituent des soutiens temporaires, qui devraient maintenir le déficit en dessous de 4 % du PIB. Mais ce seuil reste fragile et dépend d’une conjoncture internationale instable, marquée par les incertitudes géopolitiques et les tensions sur les marchés énergétiques.

L’économiste Amine Sami estime que la véritable clé réside dans une stratégie budgétaire de long terme : « maîtriser les dépenses, élargir l’assiette fiscale et lier le budget à la performance ». Autrement dit, passer d’une logique de gestion conjoncturelle à une gouvernance axée sur l’efficacité et la soutenabilité. Cela suppose des réformes structurelles capables de contenir le poids des charges courantes et d’orienter les ressources vers les investissements productifs.

Le débat sur la dette publique n’est pas nouveau au Maroc, mais l’ampleur du déficit actuel agit comme un signal d’alarme. Le pays doit arbitrer entre la nécessité de soutenir la croissance et l’obligation de préserver ses équilibres financiers. Si l’endettement devient l’unique levier de stabilisation, le risque est d’entrer dans une « dépendance au crédit » dont il sera difficile de sortir sans sacrifices sociaux et politiques.

Dans cette équation complexe, la crédibilité des choix budgétaires pèsera lourdement sur la confiance des investisseurs et des partenaires internationaux. Plus qu’un chiffre comptable, les 55 milliards de dirhams de déficit symbolisent un défi : éviter que le Maroc ne s’installe dans une mécanique où chaque dirham emprunté repousse encore le moment de l’ajustement.

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