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L’Australie expulse l’ambassadeur d’Iran après l’accuser d’attaques antisémites

26 août 2025 - 09:27
Des pompiers inspectent la synagogue Adass Israel de Melbourne après l’incendie criminel de décembre 2024, l’un des actes attribués à l’Iran par le gouvernement australien.

Canberra accuse Téhéran d’avoir orchestré deux attaques contre la communauté juive en Australie et franchit un seuil inédit en matière diplomatique : l’expulsion d’un ambassadeur pour la première fois depuis l’après-guerre.

L’Australie a pris une décision exceptionnelle. Le Premier ministre Anthony Albanese a annoncé mardi l’expulsion de l’ambassadeur iranien, Ahmad Sadeghi, ainsi que trois diplomates de sa mission, après avoir attribué à l’Iran une série d’attaques antisémites sur son territoire. Canberra franchit ainsi une ligne rouge rarement traversée dans son histoire récente.

Les autorités australiennes lient directement l’incendie criminel de la synagogue Adass Israel à Melbourne en décembre 2024 et l’attaque contre le restaurant juif Continental Kitchen, à Bondi (Sydney), à des réseaux liés au Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI). Ces incidents, sans victimes mortelles mais d’une forte charge symbolique, ont ébranlé une communauté qui ne représente que 0,4 % de la population australienne.

« Il s’agit d’actes extraordinaires et dangereux d’agression orchestrés par une puissance étrangère sur le sol australien », a déclaré Albanese. Dans la foulée, son gouvernement a décidé de classer le CGRI comme organisation terroriste.

La cheffe de la diplomatie Penny Wong a confirmé que l’ambassadeur et ses collaborateurs disposent de sept jours pour quitter le pays. Elle a dénoncé une volonté iranienne de « diviser la société australienne et de semer la discorde à travers la peur ». Dans le même temps, l’ambassade australienne à Téhéran a suspendu ses activités pour raisons de sécurité, et Canberra déconseille à ses ressortissants tout voyage vers l’Iran.

Cette crise diplomatique s’inscrit dans un contexte déjà sensible. Au début du mois, Albanese avait annoncé que l’Australie reconnaîtra l’État de Palestine lors de la prochaine Assemblée générale des Nations unies. Une position qui cherche un équilibre entre principes et réalités géopolitiques, mais qui se voit aujourd’hui rattrapée par une confrontation directe avec Téhéran.

Pour Tony Burke, ministre de l’Intérieur, l’enjeu dépasse la diplomatie : « L’antisémitisme existe en Australie, il est réel et destructeur. Mais ces attaques ont été alimentées par l’antisémitisme en provenance d’Iran ». Les propos illustrent une inquiétude croissante : la capacité de puissances étrangères à instrumentaliser des fractures internes au sein des démocraties occidentales.

L’expulsion d’un ambassadeur, mesure rare et lourde de conséquences, traduit la gravité perçue par Canberra. Elle envoie aussi un message clair à ses alliés, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni, sur la volonté australienne d’adopter une posture ferme face aux ingérences étrangères.

En filigrane, l’affaire rappelle que l’antisémitisme reste un vecteur de tensions globales. Loin de se réduire à des actes isolés, il peut devenir un instrument géopolitique utilisé pour fragiliser des sociétés ouvertes. En réagissant de manière aussi ferme, l’Australie cherche à se prémunir contre ce risque, tout en réaffirmant son attachement à la cohésion nationale.

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