Un document d’investigation mené par la journaliste néerlandaise Rena Netjes révèle la présence active de combattants du Front Polisario en Syrie, formés par le Hezbollah et déployés aux côtés de l’armée de Bachar al-Assad. Cette enquête met en lumière le rôle de l’Algérie dans ce dispositif et soulève des questions majeures sur la justice transitionnelle syrienne.
La guerre en Syrie continue de livrer ses secrets les plus dérangeants. Un rapport d’investigation, signé par la journaliste et chercheuse néerlandaise Rena Netjes, révèle l’implication directe de combattants du Front Polisario dans les crimes commis sous le drapeau du régime de Bachar al-Assad. Ce document, publié par l’organisation Democracy for the Arab World Now (DAWN), apporte des preuves inédites de la présence de mercenaires sahraouis en Syrie, formés par le Hezbollah et intégrés dans les unités de l’armée syrienne. Il met en lumière les ramifications d’un conflit où les proxys étrangers, encouragés par l’Iran et soutenus par l’Algérie, ont contribué à prolonger la souffrance d’un peuple déjà meurtri par quatorze années de guerre.
Les preuves d’une implication ancienne et structurée
Le rapport s’appuie sur des documents syriens authentifiés, sur des images diffusées par des médias arabes et sur des témoignages indépendants. L’un des éléments les plus accablants provient d’un document de 2012 de la Sécurité syrienne confirmant la présence de 120 combattants sahraouis de quatre brigades intégrés dans l’Armée arabe syrienne. À cette époque, la répression du régime contre l’opposition atteignait son paroxysme et l’afflux de combattants étrangers renforçait un appareil militaire sur le point de vaciller.
Des images rares, diffusées par Deutsche Welle Arabic, ont corroboré cette présence en montrant des miliciens du Polisario opérant en Syrie. Plusieurs sources locales, notamment dans la région d’Idlib, ont confirmé l’arrestation de dizaines de ces combattants à la fin de l’année dernière, certains reconnaissant lors des interrogatoires leurs liens directs avec la Garde révolutionnaire iranienne, les services de renseignement algériens et le Hezbollah libanais.
La toile iranienne et la complicité algérienne
La Syrie est devenue, depuis 2011, un champ d’expérimentation pour le réseau de proxys iraniens : le Hezbollah, les milices irakiennes, les Houthis du Yémen, les brigades afghanes et pakistanaises. L’ajout du Front Polisario à cette liste confirme l’ampleur des ramifications. L’Algérie, soutien traditionnel du Polisario et alliée indéfectible de Téhéran et de Damas, apparaît ici comme un acteur facilitateur.
Selon le rapport, des miliciens sahraouis ont été envoyés dans le sud du Liban, dans la vallée de la Bekaa, pour suivre des formations militaires encadrées par le Hezbollah. Ces entraînements leur ont permis d’être déployés ensuite en Syrie, participant aux offensives contre les zones tenues par l’opposition. Le bureau du Polisario à Damas, décrit comme « crucial », servait de relais politique et logistique pour l’ensemble du Moyen-Orient, renforçant ainsi une alliance triangulaire entre le Polisario, l’Algérie et le régime Assad.
En février dernier, une visite du ministre algérien des Affaires étrangères à Damas aurait confirmé cette implication. Selon des sources concordantes, il aurait plaidé pour la libération de combattants algériens et sahraouis détenus en Syrie. La demande fut rejetée, et plusieurs centaines de prisonniers restent incarcérés, accusés d’exactions graves contre des civils.
Crimes de guerre et justice transitionnelle
L’enquête de Rena Netjes souligne que les miliciens du Polisario, aux côtés d’autres combattants étrangers, ont participé à des crimes de guerre documentés : attaques contre des populations civiles, soutien aux bombardements indiscriminés, participation aux opérations de répression systématique. Ces éléments posent un défi majeur aux efforts de justice transitionnelle entrepris par la Commission syrienne compétente.
Le chef de cette commission, Abdel Basset Abdel Latif, a déclaré que des démarches sont en cours pour coopérer avec Interpol et les instances internationales afin de poursuivre les responsables, y compris au sommet du régime Assad. Mais la question des proxys étrangers, dont le Polisario, complique considérablement la tâche. Ces combattants ne relèvent pas seulement de la chaîne de commandement syrienne ; ils sont l’expression d’une guerre par procuration orchestrée par des puissances régionales.
L’implication du Polisario brouille davantage la frontière entre conflit local et confrontation internationale. Elle révèle surtout que la lutte sahraouie, présentée comme un combat d’« autodétermination », a été instrumentalisée dans un autre théâtre de guerre, bien loin du Sahara, pour servir des agendas étrangers.
Les implications régionales
Ce rapport est un coup dur pour l’image du Polisario, déjà critiqué pour ses méthodes autoritaires dans les camps de Tindouf et son alignement sur les positions algériennes. Son association aux crimes d’Assad risque d’accentuer son isolement diplomatique et d’entacher durablement sa crédibilité.
Pour l’Algérie, l’affaire expose une contradiction profonde. Tout en prônant officiellement le respect de la souveraineté des États et en revendiquant une diplomatie de principes, Alger s’est trouvée impliquée dans un dispositif militaire où ses protégés participaient à la répression d’un peuple étranger. Cette duplicité pourrait avoir des répercussions dans ses relations avec ses partenaires arabes, notamment ceux qui cherchent à tourner la page du conflit syrien.
Un rappel nécessaire
La Syrie post-conflit peine à se reconstruire. Plus de 500 000 morts, des millions de déplacés, une société brisée par la violence et l’exil. La révélation de l’implication du Polisario illustre une vérité amère : la guerre syrienne n’a pas seulement été une guerre civile, mais un champ de bataille saturé de proxys étrangers, chacun apportant son lot de violences et d’agendas inavoués.
La justice transitionnelle, encore embryonnaire, ne pourra éviter d’affronter ces responsabilités partagées. Le peuple syrien attend des réponses claires et des comptes rendus transparents. Les révélations de ce rapport rappellent que l’impunité ne peut constituer la base d’un nouvel ordre. Elles rappellent aussi qu’en alimentant une guerre étrangère, des mouvements comme le Polisario ont démontré l’obsolescence de leur prétendue cause, dérivant vers un engrenage de crimes qui les dépasse.