La décision de Ryanair de fermer plusieurs bases régionales en Espagne et de réduire deux millions de sièges annuels a provoqué un séisme dans le secteur aérien ibérique. Mais derrière cette confrontation avec Aena, le gestionnaire des aéroports espagnols, se dessine aussi une opportunité stratégique pour le Maroc, désormais intégré dans les plans d’expansion de la compagnie irlandaise.
Ryanair a annoncé la fermeture de sa base à Saint-Jacques-de-Compostelle et l’annulation de liaisons directes vers Vigo et Tenerife Nord. Au total, 36 connexions régionales disparaissent, touchant durement la Galice et les Canaries. Ces coupes sont la conséquence directe de la hausse prévue des taxes aéroportuaires espagnoles (+6,5 % en 2026), que la compagnie juge « excessives ». Aena, de son côté, accuse Ryanair de « chantage » et rappelle que ses tarifs figurent parmi les plus compétitifs d’Europe.
Cette bataille entre le modèle low cost et la soutenabilité financière des infrastructures espagnoles dépasse les frontières ibériques. Car Ryanair a déjà annoncé où elle redirigera une partie de ces capacités retirées d’Espagne : l’Italie, la Croatie, l’Albanie… et le Maroc.
Une chance pour la connectivité marocaine
Pour le Maroc, qui attire chaque année près de 15 millions de visiteurs et cherche à franchir un nouveau palier dans sa stratégie touristique « Vision 2030 », cette reconfiguration pourrait renforcer les liaisons avec l’Europe. Ryanair exploite déjà des bases solides à Marrakech, Fès et Agadir, et le redéploiement de sièges offre la possibilité d’élargir le réseau à d’autres villes comme Oujda, Tanger ou encore Al Hoceïma.
Les opérateurs touristiques marocains voient dans ce mouvement une occasion d’accroître la compétitivité du royaume face à ses voisins méditerranéens. « Chaque siège gagné est un touriste potentiel de plus », rappelle un professionnel du secteur. « Si Ryanair consolide sa présence, ce sont des retombées directes pour l’hôtellerie, la restauration et l’emploi local. »
Le dilemme méditerranéen du low cost
Ce transfert de capacités souligne aussi les contradictions d’un modèle. Les compagnies low cost réclament des taxes réduites pour générer du volume, mais la soutenabilité des infrastructures exige des financements stables. Pour des pays comme le Maroc, où les investissements aéroportuaires sont stratégiques (extension de Marrakech, Casablanca et Agadir), la question se pose avec acuité : comment capter le trafic sans fragiliser les équilibres budgétaires ?
Le cas espagnol illustre un bras de fer qui pourrait se reproduire ailleurs. Aena, avec des bénéfices record, refuse de céder, tandis que Ryanair menace de déplacer ses avions. En toile de fond, l’Union européenne surveille le dossier et pourrait imposer une harmonisation des politiques tarifaires.
Une opportunité à saisir
Pour le Maroc, la fenêtre est de transformer le retrait espagnol en gain stratégique. Si Rabat parvient à attirer une partie des 300 nouveaux avions commandés par Ryanair, le pays pourrait renforcer son rôle de hub touristique et économique entre l’Europe et l’Afrique.
Le tourisme marocain, qui mise sur la diversification des marchés et la montée en gamme, a tout intérêt à négocier des conditions qui garantissent à la fois l’arrivée massive de visiteurs et la pérennité des infrastructures.
La question, finalement, n’est pas de savoir si Ryanair réduit ses ailes en Espagne, mais si le Maroc saura déployer les siennes pour en tirer avantage.