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Londres : quand la solidarité avec la Palestine devient un délit

09 septembre 2025 - 11:24

Près de 900 personnes arrêtées en une seule journée pour avoir manifesté leur soutien à un groupe propalestinien récemment interdit. La scène se déroule à Londres, mais la question dépasse de loin les rives de la Tamise : comment l’Europe concilie-t-elle sécurité nationale et liberté d’expression quand il s’agit de la cause palestinienne ?

Le week-end dernier, la police métropolitaine de Londres a procédé à 857 arrestations lors d’un rassemblement devant le Parlement britannique. Les manifestants brandissaient des pancartes affirmant « Je m’oppose au génocide. Je soutiens Palestine Action », organisation proscrite fin juillet au titre de la loi antiterroriste. Trente-trois autres personnes ont été interpellées pour des heurts avec les forces de l’ordre. Le bilan est lourd : plus de 890 personnes privées de liberté pour avoir revendiqué, parfois de manière pacifique, leur désaccord avec une décision gouvernementale.

Le gouvernement travailliste avait interdit Palestine Action après une série d’actions spectaculaires contre des infrastructures militaires britanniques liées à l’industrie de défense israélienne. Les dégâts matériels — estimés à plusieurs millions de livres — avaient servi de justification légale. Mais l’interdiction a suscité de vives critiques, y compris de la part de la rapporteur spécial de l’ONU, qui y voit une mesure disproportionnée.

Cette tension est révélatrice d’une dérive plus profonde : l’espace public européen se resserre lorsqu’il s’agit de la Palestine. Officiellement, chacun peut encore manifester contre la guerre à Gaza. Officieusement, soutenir explicitement une organisation interdite suffit pour encourir des poursuites pénales, avec des peines allant jusqu’à quatorze ans de prison pour les organisateurs. Entre sécurité nationale et criminalisation de l’activisme, la ligne devient flou.

La scène londonienne a aussi une dimension symbolique. Parmi les interpellés, nombre de retraités et de citoyens ordinaires qui affirment « ne pas être des terroristes ». Leur message est de refuser de taire une cause jugée juste, même face à la menace judiciaire. L’image d’une femme de 74 ans clamant son droit à protester résume le contraste entre un État brandissant la loi antiterroriste et une société civile qui se réclame des valeurs démocratiques.

Pour la Grande-Bretagne, le dilemme est redoutable. D’un côté, le gouvernement se doit de protéger ses bases militaires et d’affirmer son autorité. De l’autre, il alimente l’impression que la solidarité avec Gaza est assimilée à un crime. À l’échelle internationale, cette ambiguïté fragilise la crédibilité européenne quand elle se présente comme défenseur des droits humains.

La multiplication de ces arrestations massives peut avoir un effet inverse à celui recherché : renforcer la visibilité d’un mouvement auparavant marginal, désormais porté par le sentiment d’injustice. L’interdiction de Palestine Action a donné à l’organisation une notoriété qu’elle n’aurait sans doute jamais atteinte par ses propres moyens.

À travers ce prisme, l’épisode de Londres interroge : comment l’Europe entend-elle articuler ses valeurs fondamentales avec la gestion d’un conflit qui divise son opinion publique ? Criminaliser l’expression politique ne fera pas disparaître la cause palestinienne. Au contraire, cela risque de transformer des manifestants ordinaires en symboles de résistance civile.

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