La Mauritanie vient de connaître un nouveau remaniement gouvernemental. Le président Mohamed Ould Ghazouani a décidé de modifier la composition de son équipe en procédant à des changements touchant onze portefeuilles, dont deux ministères stratégiques, la Justice et l’Économie. Cette décision, intervenue un an seulement après les élections présidentielles de 2024, suscite des interrogations sur la trajectoire politique et institutionnelle du pays.
Le ministère de l’Économie a été confié à Abdellahi Souleymane Cheikh Sidiya, un économiste chevronné qui connaît bien les arcanes des institutions financières internationales, notamment au Koweït. Le choix d’un profil technique plutôt que politique souligne l’importance donnée à la stabilité macroéconomique dans un contexte régional marqué par des pressions budgétaires et sociales croissantes. À la Justice, Mohamed Ould Soueidatt, venu de la Fonction publique, incarne la volonté de relancer un secteur souvent critiqué pour son manque d’efficacité et sa lenteur. Ces deux nominations indiquent une priorité accordée à la gestion et à la régulation, plus qu’à la confrontation politique.
Le remaniement ne se limite pas à ces ministères de souveraineté. Neuf autres portefeuilles ont été redistribués, dont celui de l’Élevage, confié à Sidi Ahmed Ould Mohamed, figure du parti au pouvoir. Ce geste traduit un équilibre entre technocratie et fidélité partisane, logique qui caractérise souvent les gouvernements en Mauritanie. Plus marquante encore est la réapparition de Naha Mint Mouknass, personnalité politique d’expérience et présidente d’un parti de la majorité, désormais à la tête de l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire. Son retour illustre l’habileté de Ghazouani à réintégrer des acteurs influents pour consolider sa base parlementaire et élargir son assise politique.
L’opération ne touche pas aux autres ministères de souveraineté – Défense, Intérieur et Affaires étrangères – ce qui traduit une volonté de continuité dans les secteurs considérés comme les piliers de la stabilité nationale. L’absence de changements dans ces domaines reflète aussi la nature mesurée du remaniement : une correction d’équilibres internes plutôt qu’un bouleversement complet.
Ce n’est pas le premier ajustement gouvernemental de Ghazouani depuis sa réélection. En un an, deux remaniements successifs traduisent un style de gouvernance attentif aux rapports de forces, soucieux de maintenir une cohésion fragile dans un paysage politique encore marqué par les fractures héritées du passé. La stratégie présidentielle repose sur une articulation délicate entre compétence technocratique, équilibre partisan et ouverture à des figures reconnues de la scène nationale.
La question est de savoir si ces changements produiront les résultats attendus. Les défis économiques sont immenses : croissance ralentie, chômage persistant, pression démographique et vulnérabilités liées au climat. Du côté de la Justice, la réforme institutionnelle attendue depuis des années reste un chantier sensible, où chaque retard alimente le scepticisme des citoyens. Dans ce contexte, la nomination de nouvelles figures peut créer une dynamique, mais elle devra s’accompagner d’une capacité réelle à transformer des pratiques administratives profondément enracinées.
Au-delà des noms et des portefeuilles, ce remaniement illustre la logique politique mauritanienne : des ajustements réguliers pour préserver des équilibres entre technocrates, responsables partisans et personnalités influentes, sans mettre en cause la continuité des grands choix stratégiques. Ghazouani gouverne par touches successives, consolidant ses appuis et ménageant les sensibilités. La stabilité reste son principal atout, mais aussi son principal défi.
En définitive, ce changement de gouvernement s’apparente à un exercice de repositionnement. Il ne bouleverse pas les fondations de l’État mauritanien, mais il recompose les forces autour d’un président qui entend maîtriser le tempo de la politique nationale. Les prochains mois diront si ces nominations traduisent une volonté de réforme ou s’il s’agit d’un simple ajustement tactique pour maintenir les équilibres. Dans un pays où chaque remaniement est scruté comme un signe des rapports de pouvoir, celui de septembre 2025 confirme que la Mauritanie avance à petits pas, entre continuité assumée et prudente adaptation.