L’édition 2025 du Forum Afrique Logistique, qui se déroule à Dakhla, met en lumière une idée qui s’impose désormais dans toutes les discussions économiques du continent. Le développement africain dépend de sa capacité à maîtriser ses circulations, fluidifier ses échanges et renforcer ses infrastructures. Les intervenants insistent sur un constat devenu évident. La logistique n’est plus un secteur de soutien, elle constitue le moteur de la compétitivité et l’un des fondements de la souveraineté économique.
Les participants rappellent que le potentiel du continent reste immense grâce à une population jeune, des ressources abondantes et un marché intérieur de plus d’un milliard de consommateurs. Pourtant, les échanges entre pays africains restent faibles, autour de 15 pour cent du commerce total, loin du niveau européen ou asiatique. Cette situation révèle un paradoxe inquiétant, puisque l’Afrique produit beaucoup mais échange peu avec elle-même.
Le président de la région Dakhla-Oued Eddahab, Khatat Yanja, souligne que la fragmentation logistique freine encore les échanges. Faible interconnexion des réseaux, lenteur administrative et manque d’infrastructures régionales pèsent lourdement sur la circulation des biens et des idées. Dans certains cas, le coût logistique représente jusqu’à quarante pour cent de la valeur des produits, un niveau incompatible avec une économie compétitive.
Pour Yanja, l’enjeu dépasse la simple amélioration du transport. La ZLECAf incarne un projet continental qui doit stimuler la production locale, structurer des chaînes de valeur régionales et donner un sens concret à l’unité économique de l’Afrique. Mais une zone de libre-échange reste théorique si elle ne s’appuie pas sur des ports performants, des routes fiables, des corridors numériques et des plateformes logistiques modernes.
Le dirigeant régional rappelle que Dakhla a engagé une stratégie de long terme reposant sur des infrastructures de grande envergure et une vision inclusive. Les nouveaux équipements doivent servir en priorité la population locale, favoriser l’emploi, soutenir l’entrepreneuriat et encourager la formation. La logistique devient un instrument d’intégration sociale et un vecteur d’équilibre territorial.
L’Afrique se trouve dans une période décisive. Le monde accélère sa transition énergétique et le continent détient une part exceptionnelle du potentiel mondial en énergies renouvelables. Selon Yanja, Dakhla entend jouer un rôle moteur dans cette dynamique grâce à ses ressources naturelles et à ses projets dans l’éolien et le solaire. La région aspire à devenir un futur centre de production d’électricité verte et d’hydrogène propre, capable d’alimenter son industrie et d’exporter vers d’autres zones africaines. Logistique durable et énergie verte avancent ensemble dans cette vision.
Le virage numérique s’impose également. Traçabilité des flux, procédures douanières dématérialisées, transparence des échanges et interopérabilité entre ports constituent des leviers essentiels pour renforcer la compétitivité du continent. Le forum appelle à investir dans des systèmes d’information communs, à harmoniser les standards logistiques et à former une nouvelle génération de professionnels capables de piloter des chaînes de valeur modernes.
Dakhla, avec ses zones logistiques intégrées et son pôle de formation en cours de développement, veut s’affirmer comme un laboratoire continental. Le message final de Yanja résume l’esprit de cette rencontre. L’Afrique doit maîtriser ses routes, ses ports, son énergie et ses données. Elle doit adopter le langage du siècle, fait de mobilité, de durabilité et de coopération. Dakhla entend poursuivre son rôle de carrefour atlantique et de lieu de convergence pour une Afrique plus connectée et plus souveraine.