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Le gouvernement promet un nouveau cycle contre la corruption

01 décembre 2025 - 19:16

La ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, a présenté cette semaine devant la Chambre des représentants un état d’avancement de la stratégie nationale de lutte contre la corruption. Depuis son lancement, celle-ci totalise désormais 206 projets, couvrant des champs aussi divers que la prévention, la régulation, le cadre juridique, la numérisation et la gouvernance administrative. Le discours officiel met en avant une dynamique en mouvement, un chantier qui a quitté le registre de l’intention pour entrer dans celui de l’action mesurable.

L’architecture institutionnelle a en effet évolué. Des dispositifs ont vu le jour, parmi lesquels une ligne directe dédiée aux signalements de corruption, l’adoption du cadre législatif sur les services publics avec la loi 54.19, ou encore le développement d’une plateforme nationale d’accès à l’information destinée à encadrer le droit constitutionnel à la transparence. À cela s’ajoutent la mise en place de référentiels éthiques dans la magistrature et la révision du texte fondateur de l’Instance nationale de probité, de prévention et de lutte contre la corruption.

Ce bilan appelle cependant un regard lucide. L’extension de l’arsenal juridique et administratif constitue une étape, jamais une garantie. La crédibilité d’une politique anticorruption se juge sur ses effets réels dans la vie quotidienne des citoyens, dans leurs démarches auprès des administrations, dans leur relation à l’État et dans la lisibilité des procédures publiques. C’est là que se joue la frontière entre réforme affichée et réforme ressentie.

Consciente de cette exigence, la ministre a annoncé la mise en place d’une commission mixte chargée d’évaluer l’efficacité de la stratégie actuelle. Cette commission réunit des représentants du gouvernement, de son département et de l’Instance nationale. Sa mission porte sur la méthodologie d’évaluation, la collecte des données et la préparation d’un rapport global appelé à servir de base à une nouvelle politique publique dans ce domaine.

C’est dans cette transition entre mise en œuvre et évaluation que se situe désormais l’enjeu principal. L’État accepte implicitement que toute politique publique gagne à se soumettre à un examen de vérité. La capacité d’autoévaluation devient ainsi un indicateur politique à part entière. Elle permet d’opérer des choix, de corriger des priorités et de renoncer à des dispositifs devenus inopérants.

L’annonce d’une future stratégie élaborée à partir de cette évaluation marque un changement de méthode. Il ne s’agit plus d’additionner des projets, mais de hiérarchiser, de simplifier et d’orienter les moyens vers des résultats tangibles. Cette inflexion révèle une ambition plus structurée, davantage tournée vers la gouvernance que vers la communication.

La lutte contre la corruption demeure un chantier complexe, d’autant plus qu’elle entre en résonance avec des pratiques anciennes, des résistances culturelles et parfois des zones d’opacité structurelles. Elle ne progresse jamais en ligne droite. Elle exige des arbitrages politiques, une volonté durable et une cohérence institutionnelle que les cycles gouvernementaux peuvent fragiliser.

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