Le rapport annuel du ministère public pour l’année 2024 a révélé les résultats des signalements reçus via la “ligne directe pour signaler les crimes de corruption et de fraude financière”, l’un des mécanismes mis en place pour assainir la vie publique. Ainsi, 8 967 appels ont été enregistrés en une seule année. Cependant, cette forte densité de signalements ne s’est pas traduite de manière équivalente par des poursuites judiciaires, puisqu’ils n’ont donné lieu qu’à 61 cas où des suspects ont été appréhendés en flagrant délit et renvoyés devant la justice, selon le rapport présenté par Hicham Blawi, le procureur général, devant le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire.
Cette grande disparité entre le nombre d’appels et les cas de flagrant délit reflète la nature même du crime de corruption, basé sur la discrétion et la difficulté de prouver les faits. De plus, une partie importante des appels reçus concerne des signalements imprécis ou des faits ne permettant pas une intervention immédiate. Le rapport met également en lumière des contraintes juridiques et procédurales qui rendent difficile la transformation d’un signalement téléphonique en un dossier judiciaire complet, en particulier en l’absence de preuves ou de conditions permettant d’établir un flagrant délit.
Cependant, le rapport précise que les affaires traitées ont donné lieu à des condamnations, avec des peines de prison et des amendes, ce qui confère à la ligne directe une dimension dissuasive et symbolique. Il confirme que ce mécanisme n’est pas simplement un canal de communication, mais un outil susceptible de mener à des responsabilités lorsque les conditions juridiques sont réunies. Néanmoins, la faible proportion de cas enregistrés soulève une question légitime quant à la capacité de ce système, dans sa forme actuelle, à restaurer la confiance des citoyens dans les institutions de lutte contre la corruption.
Dans le domaine des crimes financiers, les affaires traitées par les départements compétents ont connu une légère baisse en 2024, atteignant 874 cas contre 948 l’année précédente, tandis que les affaires de blanchiment d’argent sont restées stables à 801 cas. Au total, 289 jugements ont été rendus cette année, dont la grande majorité (85%) a abouti à des condamnations.