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Yémen : l’Arabie saoudite frappe des forces soutenues par les Émirats

02 janvier 2026 - 13:09
Image d’archives de séparatistes sud-yéménites dans la province d’Abyan (Europa Press)

L’interminable guerre du Yémen semblait, ces dernières années, évoluer vers un statu quo ponctué de médiations et d’accords fragiles. Mais les derniers jours ont montré que les lignes de fracture n’ont jamais disparu : elles se sont simplement déplacées, s’enchevêtrant avec les rivalités régionales entre Riyad et Abou Dhabi. 

Le 2 janvier 2026, l’aviation saoudienne a frappé des positions du Conseil de Transition du Sud (CTS / STC) — un groupe séparatiste du sud du Yémen soutenu par les Émirats arabes unis — dans la province stratégique de Hadramaut. D’après des sources officielles yéménites, ces attaques ont visé des unités qui tentaient d’entraver l’avancée des forces loyalistes soutenues par l’Arabie saoudite.

Ce qui apparaît d’abord comme un épisode de plus dans la guerre yéménite est plutôt le symbole d’une rupture profonde au sein de la coalition anti-Houtis. Pendant des années, Riyad et Abou Dhabi ont coopéré contre les rebelles du nord, mais leurs priorités ont divergé : pour les Émirats, le soutien aux forces du STC dans le sud était une manière d’affirmer une zone d’influence politique et économique ; pour l’Arabie saoudite, c’est la préservation de la territorialité yéménite unifiée — surtout le long de ses frontières — qui demeure une ligne rouge.

Cette tension est loin d’être anodine. La saisie par le STC de vastes zones riches en ressources — notamment Hadramaut et Al-Mahra — a été perçue à Riyad comme une menace directe à sa sécurité nationale et à ses intérêts énergétiques. La réponse saoudienne illustre une réorientation stratégique : au lieu d’accepter un arrangement de puissance partagée avec les Émirats, l’Arabie cherche à reprendre le contrôle opérationnel des provinces du sud et à assurer l’autorité du gouvernement yéménite internationalement reconnu.

Derrière les frappes et les contre-accusations, un enjeu plus large se dessine : la rivalité pour l’hégémonie régionale dans le Golfe. Alors que l’Arabie affirme son rôle prééminent dans la sécurité régionale, les Émirats cherchent à diversifier leur influence, y compris par des alliances locales et des forces armées proxy comme le STC. Cette dynamique met à l’épreuve la cohésion du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et pourrait reconfigurer les alliances dans un Moyen-Orient en pleine recomposition géopolitique.

Il serait erroné de voir ces événements comme une simple « crise locale ». Ils sont le reflet d’un retournement stratégique : d’un front anti-Houtis semblant homogène à une zone de friction entre deux puissances arabes majeures, au moment même où le Yémen ploie sous le poids de plus d’une décennie de conflit. La fracture saoudo-émiratie — jusqu’ici contenue diplomatiquement — est aujourd’hui visible sur le terrain, à coup d’avions de combat et de manœuvres politiques.

Enfin, cette escalade intervient dans un contexte international plus large, où les puissances extérieures observent et recalibrent leurs positions dans la région. Alors que l’on espérait une réduction des tensions après les accords de cessez-le-feu intermittents, la réalité est plus complexe : le Yémen ne se contente pas d’être un théâtre de guerre civile, il demeure un terrain d’expression des ambitions régionales. Si les partenaires historiques — Riyad, Abou Dhabi, Washington, même Doha — ne parviennent pas à un compromis durable, le prix à payer sera élevé, tant pour les populations yéménites que pour l’équilibre du Golfe.

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